La Gazette d'Esprit XVIII 14/11/2014

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L’association « Pour le retour à Saint-Denis de Charles X et des derniers Bourbons » a été fondée par Nicolas Doyen (président) et Julien Morvan (vice-président et professeur d’histoire). L’historien et journaliste Philippe Delorme en assure également la vice-présidence, il est notamment l’auteur de nombreux ouvrages sur le XVIIIe siècle. A ce jour, cette association a déjà réuni de prestigieux soutiens : Tania de Bourbon-Parme, Henri d’Orléans, Jean d’Orléans, Stéphane Bern, Jean Tulard, Michel de Decker, Jean des Cars, Elisabeth de Feydeau, Reynald Secher, Eric Woerth, Jean-Jacques Cassiman, Pierre Lellouche, Association Marie-Antoinette, De France et de Navarre, Jean-Paul Bled, Didier Paillard, Ancien ordre royal et souverain de l’étoile et de Notre-Dame du Mont-Carmel, Christian Estrosi, Lorànt Deutsch, Mathieu da Vinha, Alain Decaux – et cela, avant de réaliser ses objectifs…
 
.La Gazette : Nicolas Doyen, en votre qualité de président de l’association « Pour le retour à Saint-Denis de Charles X et des derniers Bourbons », exposez-nous la cause que vous représentez.
 
NICOLAS DOYEN : Notre association a vu le jour il y a maintenant un an et a pour objectif de faire revenir en France les cendres de Charles X et des derniers Bourbons en la basilique de Saint-Denis. A première vue, il ne s’agira pas d’exhumer tous les derniers Bourbons inhumés au couvent de Kostanjevica, en Slovénie, le comte de Chambord s’y étant opposé en son temps. Désirant respecter les volontés d’Henri d’Artois, nous le laisserions donc dans « Le Saint-Denis de l’exil » aux côtés de sa sœur Louise d’Artois et de sa femme, Marie-Thérèse de Modène. Charles X, son fils Louis-Antoine et l’épouse de ce dernier, Marie-Thérèse de France, autrement dit, le duc et duchesse d’Angoulême seront les personnalités à rapatrier dans la nécropole des rois de France.
 
.Est-ce à dire que l’essence de votre action est peu ou prou royaliste ?
 
NICOLAS DOYEN : Notre action est apolitique et nous le revendiquons. C’est un projet de « piété » historique, qui ne se base que sur des exemples que nous avons eus par le passé. Ainsi, les cendres de Napoléon ont retrouvé les Invalides en 1840 ; celles de Louis-Philippe 1er, la chapelle Saint-Louis de Dreux en 1876 ; plus récemment, en 2012, les cendres du prince Paul, la princesse Olga et le prince Nicolas de Yougoslavie ont été rapatriés dans leur Serbie natale. Notre entreprise doit rassembler les personnes de tous horizons et de toutes les sensibilités. Toutes les bonnes volontés, où qu’elles se trouvent, sont les bienvenues. Je fais bien évidemment référence aux personnalités qui nous soutiennent déjà. Je pense ne pas me tromper en vous disant que cet aspect-là est également important pour les descendants des rois de France qui ont bien conscience qu’il serait dommageable d’agiter une quelconque étiquette politique, et notamment celle d’un combat royaliste.
 
.Frère de Louis XVI et de Louis XVIII, le futur roi Charles X est Charles-Philippe, comte d’Artois. Il s’écoule 66 années avant qu’il ne règne. Parlez-nous de l’existence du comte d’Artois, avant qu’il ne succède à Louis XVIII, en 1824.
 
JULIEN MORVAN : Les historiens ont toujours négligé, à tort, ce point fondamental pour comprendre son règne et ce qu’on lui a, rétros-pectivement, reproché quant à sa politique et ses « vieilles idées » : Artois, né dans les fastes du Versailles de Louis XV en 1757, quatrième fils du Dauphin, n’était pas destiné à monter sur le trône ! Son éducation de prince a été négligée. La première partie de sa vie se résume alors à un libertinage de Cour, des dépenses incontrôlées (l’épisode de Bagatelle est resté fameux) et des prises de position réactionnaires. Son exil pendant la Révolution, de 1789 à 1814, l’a fortement marqué, tout comme l’exécution d’une partie de sa famille. De retour en France, à la faveur d’une improbable Restauration, il impose autant son élégance naturelle et sa bienveillance (qui lui valent une certaine popularité) que sa fermeté politique, largement influencée par des compagnons de l’émigration (comme Polignac) et de douloureux souvenirs personnels.
 
.Le 29 mai 1825, Charles X est sacré à Reims. Louis XVIII n’a pas de mots assez durs pour qualifier son successeur. Perclus de gangrène, il prévient : « Vous vous plaignez d’un roi sans jambes, vous verrez ce qu’est un roi sans tête. » Comment justifier ces paroles au moment où elles sont prononcées en 1824 ?
 
JULIEN MORVAN : La relation entre Louis XVIII et le comte d’Artois est passionnante. Ils sont les deux faces d’une même pièce – une monarchie légitime retrouvée – mais ne regardent pas toujours dans la même direction. Mieux formé à la politique que son frère, et probablement plus fin stratège en la matière, Louis XVIII ne veut pas être le « roi de deux peuples ». Son action se veut rassembleuse, faite de concessions que le comte d’Artois tente, avec les ultras, de contrecarrer. On prête plusieurs déclarations de ce type à Louis XVIII, elles font le lit des chroniqueurs, parfois des historiens, qui veulent y voir, a posteriori, les prophéties de la raison sur les caprices. En réalité, elles sont plus conjoncturelles, Artois et les ultras s’employant à briser les initiatives des ministères libéraux de Louis XVIII, au risque de desservir leur principal intérêt commun.
 
 
 
.Le règne de Charles X est régi par la Charte de 1814, octroyée par Louis XVIII et instituant une monarchie constitutionnelle. La Charte accorde de nombreux pouvoirs au roi. Or, Louis XVIII en fera une application libérale – du moins jusqu’à l’assassinat du duc de Berry en 1820 ; tandis que Charles X restera fidèle à son ultracisme. Charles X n’a-t-il vraiment « rien appris et tout oublié » de son exil ?
 
PHILIPPE DELORME : Sous l’Ancien Régime, le jeune comte d’Artois est considéré comme le chef du parti réactionnaire et défend les privilèges de la noblesse. Très impopulaire, il est l’un des premiers à émigrer, dès juillet 1789. Lorsqu’il revient en France, à la Restauration, il a l’intelligence de faire profil bas, mais en devenant roi, après la mort de son frère, Charles X ne tarde pas à révéler son vrai visage. Au lieu de s’efforcer de conserver une sage neutralité, comme Louis XVIII, il favorise la faction ultra-royaliste. Il se fait sacrer à Reims, selon le rite ancestral, fait voter la loi du sacrilège – punissant de mort les atteintes à la religion –, et le « milliard des émigrés », pour indemniser les nobles qui avaient fui la France sous la Révolution. Bigot depuis la mort de sa maîtresse Madame de Polastron, Charles X s’aliène une opinion publique volontiers anticléricale. Au lieu de transiger, il va à l’épreuve de force. En juillet 1830, il s’effondre devant une émeute parisienne qu’il aurait sans doute pu juguler…
 
.Moqué par Bérenger, critiqué par Montlosier auteur d’un pamphlet sur la Congrégation, vilipendé par les caricaturistes pour sa bigoterie, Charles X bénéficie néanmoins du soutien d’écrivains, comme Joseph de Maistre et Louis de Bonald. Cette virulence intellectuelle et populaire nous rappelle combien la Révolution est encore proche. Expliquez-nous le contexte politique et social qui alimente de telles réactions.
 
JULIEN MORVAN : Les critiques et caricatures sur Charles X, popularisées principalement à partir de 1830, y compris pour le célèbre « Charles le Simple » de Béranger, ont toujours trouvées un pendant élogieux, tout aussi fourni, pendant la durée de son règne, notamment au moment du sacre. Emmanuel de Waresquiel dans son Histoire à rebrousse-poil, a résumé avec brio la complexité de la Restauration : « deux générations se battent sur des mots et ne se représentent pas la même chose ». Nation, légitimité, souveraineté, gloire sont les termes sur lesquels s’opposent les tenants d’un nouveau pouvoir parlementaire et les partisans du droit divin (Bonald), avec comme même finalité la maîtrise du passé révolutionnaire. Toutefois, ces débats sont essentiellement l’apanage des élites de la Restauration.
 
 
 
.Après les Trois Glorieuses, le roi abdique le 2 août 1830. Le plus étonnant reste que Charles X fait abdiquer son fils, le duc d’Angoulême. A-t-il conscience de la gravité de cette décision qui écarte du trône la branche aînée ?
 
PHILIPPE DELORME : Il semble que Charles X n’ait jamais eu une haute considération pour son fils, le duc d’Angoulême. Il n’empêche que celui-ci a « régné » officiellement en tant que « Louis XIX »… durant une vingtaine de minutes, le 2 août 1830, avant qu’il ne contresigne l’abdication de son père. Cette double renonciation n’écarte pas la branche aînée du trône. Car, Charles X a un petit-fils, Henri, duc de Bordeaux et comte de Chambord, « l’enfant du Miracle », né posthume après l’assassinat de son fils aîné, le duc de Berry, en 1820. L’idée de Charles X était de confier le jeune roi à la garde de son cousin d’Orléans, nommé pour cela lieutenant-général du royaume – à l’instar du régent de Louis XV. Mais, la confusion des événements, et les réticences de la mère du petit « Henri V » à le laisser regagner Paris empêcheront cette combinaison de réussir. Elle aurait pourtant eu l’avantage de concilier le respect de la légitimité et la soif de changement politique.
 
.Charles X, dernier roi de France, meurt le 6 novembre 1836. Il repose auprès des derniers Bourbons au couvent de Kostanjevica, en Slovénie à Nova Gorica. Par quels moyens votre association envisage-t-elle de faire revenir les restes de Charles X et de sa famille à Saint-Denis ?
 
NICOLAS DOYEN : Notre première action est de nous entourer de soutiens de qualité, afin de rendre notre projet encore plus crédible. L’appui de nos concitoyens, à travers les réseaux sociaux notamment, a également son importance. Ensuite, il s’agira de contacter les médias et d’envoyer un dossier complet au plus haut sommet de l’Etat. Nous avons fait chiffrer le coût d’un tel rapatriement et avons déjà plusieurs idées pour réunir la somme, mais nous n’en sommes encore pas là [Mise à jour du 01.01.2016 : si le rapatriement devait avoir lieu, ce serait à l'Etat d'en assumer le coût.] ! Il y avait déjà eu en 1987 des premiers pourparlers, sous la présidence de François Mitterrand, qui était en faveur du retour des cendres à Saint-Denis. Or, plusieurs choses ont fait échouer cette entreprise. Tout d’abord, le bicentenaire de la révolution en 1989 était un peu à contresens de ce projet. Ensuite, les religieux de la crypte du couvent de Kostanjevica ont cru voir le bénéfice de leur visite baisser et il était donc exclu pour eux que les derniers Bourbons puissent quitter la Slovénie. D’autres arguments, comme l’état de décrépitude de la basilique, avaient également été avancés.
 
.Un dernier mot, à propos de cette heureuse initiative ?
 
PHILIPPE DELORME : Charles X est sans doute l’un des rois les plus méconnus des Français ! Beaucoup imaginent que la monarchie est morte en 1792 – voire en 1789. Pourtant, après la dictature de Napoléon, les règnes de Louis XVIII et de Charles X permettent au régime parlementaire de s’acclimater dans notre pays, pour la première fois de son histoire. Pour cela, et en dépit de ses maladresses politiques, Charles X mériterait de venir reposer à Saint-Denis, dans la crypte des Bourbons, à côté de ses deux frères aînés.
 
Propos recueillis par CLOTILDE
 
PAGE FACEBOOK : « POUR LE RETOUR DE CHARLES X ET DES DERNIERS BOURBONS »
 


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