Il était une fois ... Le château de Frohsdorf et le couvent de Kostanjevica

Interrogée lors d'une interview sur le « petit Versailles français », c'est l’ancienne impératrice Zita de Bourbon-Parme qui nous raconte avec émotion, ce que fut l’atmosphère du château de Frohsdorf : « Marie- Thérèse assumant l’éducation du comte de Chambord, futur éducateur de mon père, apprit au jeune garçon à supporter la soif, la faim et la douleur. Elle lui apprit à se taire. Assurément, elle avait encore à l’esprit l’exemple de la mort de ses parents sous la guillotine. Et elle, qui avait été debout aux pieds de l’échafaud, apprit à vivre à son neveu, Henri, sans exaspération, sans tracasseries inutiles ».

 

« A Frohsdorf, régnait une atmosphère intemporelle, conservatrice et joyeuse sinon conformiste. Elle était délibérément contraire aux tendances de la mode et de l’opportunisme de plus en vogue à l’époque » ajoutait en conclusion Zita de Bourbon-Parme à qui les monarchistes français doivent d’avoir sauvé les dépouilles royales puis de les avoir entreposé dignement dans la crypte de la Castagnavizza à Göritz.

 

Dans un coin du château, la collerette ensanglantée de Louis XVI, guillotiné par la révolution française le 21 janvier 1793. La dernière impératrice d'Autriche -Hongrie nous plante ici ce décor qui va influencer le jeune duc de Bordeaux, plus tard comte de Chambord, toute sa vie.

 

Enfant du miracle né 7 mois après l’assassinat de son père, Charles-Ferdinand d’Artois en février 1820 par l’ouvrier Louvel, Henri Charles Ferdinand Marie Dieudonné est à peine âgé de 10 ans lorsqu’une révolution éclate. Pour la deuxième fois consécutive, son grand- père Charles X, doit quitter la France avec ses partisans et la famille royale (photo). Commence alors pour le jeune prince un long exil jalonné par les espoirs d'une prochaine restauration qui va finir par le mener définitivement dans la commune de Lanzenkirchen, en Basse- Autriche où s'élève le château de Frohsdorf.

 

 

Appelé à l'origine Krottendorf, c’est en 1158 que l’on trouve les premières traces écrites de son existence dans un acte rédigé par le comte Eckbert III von Formbach- Pitten. Propriété de la famille de Gothard Vynndorfer par décret impérial en 1461, le château féodal subit les affres des armées de Matthias Corvin qui fait assassiner son hôte puis celles des turcs ottomans au XVIème siècle. Partiellement incendié, c’est le protestant Christophe von Teufel qui le reconstruit dans un style Renaissance et l’agrémente de 3 étages, d’une cave à vin pouvant contenir plus de 1500 tonneaux. On doit l’existence de sa chapelle catholique à son fils et successeur, Johann Christophe von Teufel convertit à cette religion.

 

L’apogée du château intervient en 1681 avec les festivités accueillant l’Empereur Léopold Ier par les comtes de Hoyos qui l’ont racheté en 1659. On y joue des opéras, on y tire des feux d’artifice, on y célèbre les arts. Ce déploiement de luxe pour l’empereur émerveille toute la société autrichienne conviée pour l’occasion.

 

Deux ans plus tard, les Ottomans sont aux portes de Vienne. Frohsdorf est de nouveau incendié.

 

Reconstruit une nouvelle fois par les comtes de Hoyos ces amoureux des beaux-arts, il servira occasionnellement de lieu de rendez-vous de la loge maçonnique des « Trois canons », crée par le comte Johann Ernest de Hoyos et dont est membre l’époux de l’impératrice Marie-Thérèse. Avec la guerre contre la France napoléonienne, le château est de nouveau occupé et sert de cantonnement aux soldats de l’Empereur des français en 1805 qui y trouvent dans sa forme quadrangulaire aux murs jaune ocre plus que des avantages.

 

Lors du départ de l’armée française, le château est totalement dévasté, tous les stocks ont été pillés, les dégâts nombreux lorsque les Hoyos le récupèrent de nouveau. Ils seront contraints de le vendre non sans en négocier férocement son prix.

 

Et c’est la sœur de l’Empereur des français, Caroline Murat qui en fait l’acquisition en 1817 pour 400 000 florins (soit 10 millions de nos €uros actuels). L’ancienne reine de Naples l’a-t-elle obtenu en compensation de la mort de son époux qui avait tenté de retrouver son trône, garanti par les autrichiens en 1814 mais rendu aux Bourbons en 1815 ? Elle n’en profite guère car en 1819, il est revendu au général Alexandre von Yermolov, un ancien favori de la Tsarine Catherine II qui n’est plus en grâce à Saint-Pétersbourg.

 

En 1839, le duc Casimir de Blacas d’Aulps (photo), pair de France et ancien ministre de Louis XVIII, en fera l’acquisition pour à peine 175 000 florins au fils de ce dernier. Ce leader du légitimisme dans le midi est un fidèle du comte de Chambord. Il lègue alors le château au prétendant au trône qui s’y installe avec la duchesse d’Angoulême en 1844 et qui résidait depuis 8 ans dans la ville italienne de Göritz. Il va prendre en peu de temps le surnom de « petit Versailles de la famille royale exilée ».

 

 

Certes, la duchesse d’Angoulême aurait pu choisir de continuer à vivre à Göritz mais elle ne pouvait supporter l’idée de rester seule dans une maison remplie de souvenirs d’un monde qui disparaissait progressivement sous ses yeux. Le château (photo) présentait aussi l’avantage d’être à peine à quelques kilomètres du centre du pouvoir impérial.

 

 

Une petite cours suit la famille royale. On y reproduit l’étiquette royale. Il y’a là le duc de Lévis qui assure le rôle de ministre de la maison du Roi, un gentilhomme de service , des dames d’honneur, des chapelains, médecins et même une cohorte de secrétaires dont l’un est un ancien combattant des guerres de Vendée. Il y’a tous ces partisans qui défilent dans le château pour rendre hommage au « Roi de France » ou déambulent dans le parc aménagé à la française, que bordent diverses sta- tues antiques, ombragées par une forêt, à pied ou à cheval. Ce sport qu’affectionnait le prince de France et qui possédait dans son lieu d’exil, un manège de 20 chevaux. Un complexe de 3000 hectares qui donne à Frohsdorf tout son caractère royal. Le château a été tapissé d’un papier peint aux fleurs de lys, surchargés de tableaux provenant la plupart du temps des collections privées de la duchesse de Berry, la mère du comte de Chambord.

 

De salons en salons, le comte de Chambord reçoit les leaders du légitimisme ou les princes de l’Europe y compris l’archiduchesse Sophie de Bavière qui venait régulièrement rendre visite à Marie -Thérèse d’Angoulême avec ses fils, les futurs empereurs François-Joseph d’Autriche- Hongrie et Maximilien du Mexique. Les mariages successifs de Louise et d’Henri d’Artois sont même l’occasion pour les Bourbons de resserrer leurs liens avec les Habsbourg. Ce ne seront pas les seuls célébrés dans le château. On fêtera encore le 4 février 1867 celui du jeune duc de Madrid, le prince Charles de Bourbon (la famille prétend au trône d'Espagne) avec sa cousine Marguerite de Parme, fille de Louise d'Artois.

 

En 1845, la duchesse fait construire une nouvelle maison pour les employés de 16 chambres individuelles. Un luxe innovant pour la domesticité de l’époque. Plus tard, c’est le comte de Chambord qui va créer à son tour des écoles entre 1854 et 1864 afin qu’elles distillent certaines va- leurs morales et chrétiennes.

 

Toujours habillée de noir, Marie-Thérèse d’Angoulême (photo) était une femme taciturne et profondément religieuse. Elle gardait près d'elle, un morceau de la chemise tachée de sang de son père, sans rancunes pour les assassins. Fille de Louis XVI, dauphine de France et Reine éphémère de France, Marie-Thérèse d’Angoulême est née en 1778. De la révolution française, elle en garde un souvenir amer et douloureux. Surnommée « l'orpheline du Temple », elle perd successivement son père, sa mère sous le couperet de la guillotine en 1793, son frère Louis XVII deux ans plus tard et devient malgré elle l'objet d'une vénération de la part des royalistes. La république s'en servira, quant à elle, honteusement de monnaie d'échange en juin 1795. A Vienne, elle méprise autant l’empereur François II, qu'elle rend responsable de la mort de sa mère, que la noblesse française émigrée qu'elle accuse ouvertement de trahison. A un archiduc autrichien, elle préférera épouser son cousin germain Louis-Antoine d'Artois. « Madame Royale » était dotée d'un fort caractère et de le démontrer en 1815 devant les armées d'un Napoléon Ier, revenu d'exil, assiègent la ville de Bordeaux, acquise aux Bourbons...avant de finalement se rallier au vol de l'Aigle.

 

 

Impressionné, Napoléon Ier, dira d’elle qu’elle était « le seul homme de la famille des Bourbons ». Reine de substitution entre 1815 et 1830, elle vit mal son infertilité, elle qui est la dernière descendante du roi-martyr. Elle reportera tout son amour sur le duc de Bordeaux dont elle n'apprécie guère la mère, Marie-Caroline de Bourbon-Sicile et dont le goût pour la chevalerie et les croisades portera à tenter de soulever la Vendée en 1832 en faveur de son fils.

 

 

Au château, la duchesse d’Angoulême et comtesse de Marne, impose une étiquette tout aussi rigide que dans le Versailles de l'Ancien régime. A la seule différence que l’on n’y danse guère. Marie-Thérèse n'aime plus guère ces futilités. Une atmosphère sinistre d’après le prince libéral Jean de Bourbon, fils du prétendant au trône d'Espagne Don Carlos V, témoin de cette époque et qui détestait y résider. Etiquette que s’empressera d’ailleurs d’assouplir le comte de Chambord et dont la maisonnée fera penser certaines fois, à celle d’un bourgeois.

 

Simplicité et majesté en terre d’exil fascinaient tout un chacun qui avait l’occasion de parler à « l’enfant du miracle ».

 

Enfin, il y’a ces Orléans qui ont pris le trône à sa famille à la faveur des journées d’août 1830. Pourtant, Marie- Thérèse n’appelait-elle pas Marie-Amélie d’Orléans, l’épouse de Louis-Philippe Ier, « sa vraie cousine » ? Du duc d’Orléans, elle s’en méfiait. Il était peut-être décidement trop clairvoyant, distillant ses vérités à qui voulaient les entendre et prophétisant que les Bourbons « seraient incapables de s’accorder à l’esprit du temps, d’échapper à l’influence d’émigrés aigris et rancuneux (...) ». Le temps des bals à l’apogée de la Restauration était désormais bien loin, elle laissait au tribunal de l’histoire toute latitude pour juger de cela.

 

Au Second empire vacillant en 1870, la Troisième république illégitime. Tant et si bien que les français envoient sur les bancs de l’assemblée nationale, une majorité de royalistes. Ce n’est pas moins de 396 députés, légitimistes comme orléanistes, qui vont y siéger. On parle de fusion (photo), on y discute de succession dynastique avec le comte de paris qui vient rencontrer Henri V directement au château le 5 août 1873 et on prépare activement la restauration de la monarchie. Le château deviendra la capitale du monarchisme politique d’où seront issus la plupart des manifestes du prince. L’héritier de Charles X ne franchira pourtant pas ce Rubicon qui le séparait de l’exil de la montée sur le trône de France.

 

 

Du drapeau tricolore, Henri V n’y voyait que massacres et révolutions. Il incarnait une légitimité, un principe, il n’était pas négociable. Ce drapeau blanc, symbole de la monarchie de la Restauration, qu’il incarna quelques minutes au plus fort moment de l’abdication de louis XIX, ne quittera pas Frohsdorf et au grand désespoir du Pape Pie IX qui se désola publiquement de cette intransigeance « pour une serviette » (dixit le souverain pontife).

 

Lors de ses derniers jours, c’est le capitaine Lyautey qui vient lui rendre visite. Partisan du prince, il ne cache pas sa fidélité au légitimisme en dépit de ses flirts avec le comte de Paris auquel il montre autant de déférence que de respect. Royaliste convaincu, il affirme au prince que des officiers militaires sont prêt à lever fanions et épées pour le rétablir sur le trône. Fatigué, Henri d’Artois précisera à son invité « qu’il lui plaira de le revoir bientôt à la tête de son escadron ». Le dernier Bourbon n'a plus que quelques jours à vivre.

 

Lorsqu’il meurt le 24 août 1883, le château entre dans les mains du prince Robert de Bourbon-Parme qui fut ce fils tant désiré par le comte et de la comtesse de Chambord. Comment n'en aurait-il été pas autrement tant le mimétisme de son enfance ressemble à celle d’Henri V de France. Fils de sa sœur Louise, le jeune Robert voit son père Charles III de Parme, être victime du couteau d'un révolutionnaire en 1854. Le voilà propulsé à la tête du duché de Parme à l'âge de 6 ans sous la régence de sa mère qui, si elle congédie les ministres les plus réactionnaires de son époux, mène néanmoins une politique répressive à l'égard des partisans de l'unité italienne. En juin 1859, poussée par les événements, elle quitte son duché pour la Suisse, appelle l'Espagne à l'aider mais il est déjà trop tard. Un référendum truqué met fin au règne de cette branche Bourbon en Italie. Pour Henri V, l'infortune de son neveu, lui rappelle son exil. Entre compassion et devoirs de roi, il se transforme en père pour ce prince désormais sans trône, devenu un « porte- drapeau au service de l'église catholique » dont les premières armes se feront au côté des carlistes et de s'éteindre en 1907.

 

Dans le salon gris où repose désormais Henri de Bourbon, son épouse le transforme en sanctuaire officiel de la légitimité. Le buste de son mari contemple les portraits en habits de sacre d’Henri IV à Charles X. La petite église de Frohsdorf devient un lieu de pèlerinage.

 

Lorsqu’en 1931, meurt sans enfants le prétendant au trône et duc de Madrid, Jacques Ier de Bourbon, c’est sa sœur Béatrice de Bourbon-Massimo qui prend possession du château. Son frère en avait lui-même hérité de la comtesse de Chambord en 1886 et en avait fait sa résidence principale dès 1909. Les événements se précipitent en Autriche, les nazis vont bientôt entrer en scène. Le château, qui a déjà fait l’objet de ventes partielles pour payer ces droits de succession et qui ont déchirés la famille de Bourbon (dont en 1937 le collier de diamants de la Reine Marie-Antoinette), est revendu au régime allemand le 22 avril 1941 qui le transforme en maison de convalescence. La princesse s’installe avec sa famille dans un ancien pavillon de chasse attenant au château. Un pavillon de chasse, qui appartient toujours aux descendants de la princesse Béatrice de Bourbon- Massimo, comporte encore de nombreux tableaux ob- jets datés de l’époque de Charles X comme ses souliers de sacre.

 

Le mobilier déjà endommagé est pratiquement détruit par les soviétiques en 1945 qui lui conserve néanmoins son statut d'hôpital durant 10 ans, les archives du comte de Chambord pillées par les communistes, certaines ayant été volées. Lors de leur départ, le château ne peut être revendu. La seconde république autrichienne le transformera en école de formation et effectue des travaux de restauration entre 1961 et 1968. Tout y sera reconstitué à l’identique.

 

En 2005, l’état autrichien avait revendu le complexe à un promoteur immobilier qui a transformé en hôtel de luxe ce lieu de mémoire du monarchisme français.

 

Une plaque rappelle au visiteur l’ombre des bourbons dans le château de : « Ici élevant son âme à Dieu, Marie-Thérèse de France a exhalé son dernier soupir avec sa dernière prière. Le 19 octobre 1851, à 11 heures 1/4 du matin ». Ainsi que l’âme de la France ! Une statue d'une Jeanne d’Arc, debout, tenant dans sa main droite un drapeau et commandée par la duchesse des Cars au sculpteur Rinaldi en 1833, trône toujours dans hall d’entrée du château qui a conservé sur son fronton, les armes de la famille royale surmontées d’une couronne.Enfin, il y'a ce couvent où reposent les derniers représentants de la famille royale de France.

 

 

L’Autriche-Hongrie est tombée en 1918, la Yougoslavie a été démembrée dans les années 1990 pour laisser place à la République de Slovénie. Surnommé le « Petit Saint-Denis », au centre de la crypte on peut y distinguer le tombeau surélevé de Charles X. Lorsqu’il meurt le 6 novembre 1836 à 69 ans, il réside alors à Göritz avec la famille royale. Son corps est exposé dans un des salons du palais Coronini, transformé pour l'occasion en chapelle ardente. La cour impériale d’Autriche rendra hommage au Roi de France en maintenant l’étiquette due à un souverain en fonction. 5 jours plus tard, selon un protocole établi par le duc de Blacas, c’est toute une procession complète qui accompagne le corbillard de Charles X, tiré par 6 chevaux blancs, vers sa dernière demeure, le couvent de Kostanjevica.

 

 

Pour le lieu de sépulture, la famille royale de France avait songé à diverses formules notamment sur la ville de Graz où était enterrée, l’épouse du Roi, Marie-Thérèse de Savoie, mais Charles X n’en avait pas fait l’express demande. La famille des Habsbourg proposera à son tour d’accueillir le souverain dans la crypte des Capucins, nécropole impériale, mais la perspective de voir un Bourbon « annexé » par les Habsbourg ne convenait pas à la famille royale. C’est au final Charles X (photo) qui choisit le couvent de Kostanjevica (ou couvent capucin de l’Annonciation de la Très-sainte-vierge de Castagnavizza), située dans l'actuelle ville de Nova Goriça, dont l’origine de la construction remonte à la moitié du XVIIIème siècle. Réformateur, l’empereur Joseph II le fit fermer en 1784. Devant sa survie au comte Thurnund Taxis qui le sauve de la vente, il permet à l’église de retrouver son lieu de culte 12 ans plus tard grâce à des religieux français ayant fui la révolution française. Un détail qui ne peut que plaire au Roi de France. Les Franciscains prendront ainsi niche au sein du couvent dès1822 et c’est eux qui ouvrent les portes à son cercueil en plomb doublé d’un autre en bois de noyer sur lequel a été fixé une boite de vermeil contenant son cœur.

 

Une plaque de cuivre rappellera au pèlerin de passage que « ci-git très haut, très puissant et très excellent, prince Charles, 10ème du nom par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre (..) »

 

 

A la gauche du tombeau du frère de Louis XVI, celui de son fils cadet Louis-Antoine d’Artois, duc d’Angoulême, dont le règne de 20 minutes fut l’un des plus éphémères de France et à sa droite celle de Marie-Thérèse de France, fille de Louis XVI décédée à Frohsdorf en 1851 et qui avait exprimé dans son testament de demeurer entre

son mari et son fils. Ce décès va marquer le comte de Chambord qui ne pourra retenir ses larmes face à la disparition de cette tante qui maintint le prince dans une image du passé et du refus constant de l’héritage de la révolution française.

 

Ironie de l’histoire, le titre de duc et duchesse d’Angoulême est aujourd’hui porté tel un symbole d’unité dynastique par le troisième fils du comte de Paris, Eudes d’Orléans et par son épouse, Marie-Liesse de Rohan-Chabot, fille du très légitimiste comte Louis Mériadec de Rohan-Chabot.

 

En face des 3 tombeaux, ceux d’Henri d’Artois et son épouse Marie-Thérèse d’Autriche-Este, de Louise d’Artois la dernière duchesse de Parme, décédée en1864.

 

Le 24 août 1883, le comte de Chambord, Henri V (photo) pour ses partisans, rendait son âme à Dieu. Son corps, en habit avec les insignes de l’ordre du Saint-Esprit, fut exposé à Frohsdorf afin que tous viennent lui rendre hommage. Le salon où il repose a été drapé de noir. Autour du cercueil surmonté du drapeau blanc si cher au prince Bourbon, des zouaves pontificaux gardent cette dépouille royale tandis que l’on s’agite déjà autour de sa succession. Le comte de Paris qui est arrivé le 28 au château a déjà fait acte de prétention auprès des chancelleries européennes ? La célèbre formule consacrée, « Le Roi est mort, vive le Roi », a été crié par le duc de Blacas.

 

 

 

Certes mais quel Roi pour succéder au comte de Chambord ? Une crise de succession (arbre généalogique) qui divise toujours les partisans de la monarchie en France faute de testament politique ni de désignation d'un successeur par le prétendant. Dans la crypte, les regards sont lourds. Chacun a-t-il conscience que l’on enterre l’Ancien régime pour une seconde fois, que l’on prononce les funérailles de la monarchie française ? C’est probable. La comtesse de Chambord, Marie-Thérèse de Modène, n'a pas un regard pour ses cousins par alliance, ces Orléans qu'elle ne peut souffrir. Qu'importe, le prince Jean sera désormais Roi de jure sous le nom de Jean III. Et tout libéral qu'il soit, son fils plus conservateur futur Charles XI le remplacera aisément sur les prétentions au trône de France dès 1887.

 

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Le légitimisme allait vivre ses derniers soubresauts politiques avec le boulangisme, avec ses schismes entre naundorffisme et sévillanisme. Une page de l’histoire de la monarchie française se tournait. Un nouveau chapitre allait s’écrire avec la famille d'Orléans et l’Action française dont le chantre, Charles Maurras, rendra un hommage critique au prétendant dans l’édition de son journal, le 29 septembre 1920. Hommage tardif mais qui marquait bien l’empreinte indélébile qu’avait laissé le petit-fils de Charles X dans l’esprit des royalistes.

 

Le couvent de Kostanjevica sera partiellement détruit durant la première guerre mondiale et il faudra 5 ans, entre 1929 et 1934 pour qu'il retrouve sa splendeur d'antan. Aujourd'hui, les franciscains qui conservent les sépultures royales restent les gardiens intemporels du monarchisme français. Forte d'une bibliothèque de 16000 ouvrages, il a été déclaré monument d'art en 1985 et reste un des symboles chrétiens artistiques de la Slovénie.

 

Frédéric de Natal

 

Références :

 

Le drapeau blanc en exil, lieux de mémoire (1833-1883), Dominique Lambert de la Douasnerie, éditions Guénégaud.

 

La maladie, la mort et les obsèques de Monsieur le comte de Chambord, publications de la Gazette de France en 1883.

 

Les lys en exil, Jean-Paul Bled, éditions Fayard.

 

Les Rois qui ont fait la France, Charles X, Georges Bordonove, éditions Pygmalion.

 

Les Bourbons-Parmes, Juan Balanso, éditions J& D.

 

Zita, impératrice courage 1892-1989, Jean Sévilla, éditions Tempus.

 

Les princes cachés ou l’histoire des prétendants légitimistes (1883-1989), Jacques Bernot, éditions Lanore.

 

Les lys et la République, Henri comte de Chambord 1820- 1883, sous la direction d’Emmanuel de Waresquiel , éditions Tallandier.

 

 

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