Les relations entre Chateaubriand et le comte de Villèle (2)

Suite et fin de la reproduction consacrée à la visite de René de Chateaubriand au Ministère de Villèle.

 

Le vicomte François-René de Chateaubriand reste ancré dans la mémoire des Français grâce à sa principale oeuvre "Mémoires d'Outre-tombe (initialement "Mémoires de ma vie") écrite entre 1809 et 1841 et également plus discrètement pour la pièce de bœuf inventée par son cuisinier et qui porte toujours son nom..

 

Breton et malouin de naissance, il préféra de loin les arcanes de la vie littéraire à celles de Versailles qui lui inspira "un dégoût invincible" lors de sa première présentation au Roi. Si on le voit participer à l’assemblée générale des Etats de Bretagne en janvier 1789, son rôle dans la politique française fut quasi inexistant à cette époque.

 

Postulant éphémère au titre de Chevalier de Malte de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, la perspective de la tonsure et la formation monacale le fait très vite renoncer à ce titre alors que la Révolution française vient à peine de débuter. Craignant des bains de sang, le jeune vicomte s’éloignera de France vers les Amériques. Un périple qu'il retracera en 1826 sous le titre "Voyage en Amérique" et qui va fortement inspirer l'auteur qu'il sera toute sa vie. Chateaubriand nous livre un véritable témoignage humain de ce que fut le mode de vie des indiens d'Amérique du Nord.

 

En janvier 1792, il épouse Céleste Buisson de la Vigne (1774 - 1847). Un mariage arrangé. François-René de Chateaubriand a épousé la jeune aristocrate pour son argent . Quant à la promise, jeunesse oblige, c'est la révolte contre sa famille qui l'a poussé dans les bras du vicomte. Les deux époux ne s'aimeront guère mais Céleste Buisson de la Vigne restera attachée toute sa vie à sa mari.

 

Conscient de ses devoirs, le vicomte avait rejoint à Coblence l'armée des émigrés. Royaliste convaincu, il souhaitait le maintien de la monarchie. Manquant d'être tué lors du siège de Thionville en août 1792, il se réfugie à Bruxelles. Son épouse est arrêtée et emprisonnée. La chute de Robespierre lui sauvera la vie et elle partira rejoindre brièvement son mari à Londres qui vit dans un dénuement complet, donnant quelques leçons de français et de traductions pour les libraires afin de vivre dans ce grenier qu'il occupe modestement.

 

Il perdra néanmoins son frère et sa belle-sœur (une petite-fille de l'avocat Malesherbes), ainsi qu'une partie de leur famille sous le couperet de la guillotine.

 

C'est à Londres qu'il publiera en 1797 "Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes, considérées dans leurs rapports avec la Révolution française" qui va révéler ses talents d'écrivain. Son épouse est repartie vivre dans leur château de Bretagne. Au côté de Céleste, Lucile, qui voit en lui un "enchanteur de la plume", et lui en sa sœur, "un amour chaste aussi passionné que violent". La mélancolie a pris désormais l'âme de ce romantique en quête de son Graal littéraire.

 

Le 14 avril 1802, il publie " le Génie du christianisme,"qui entend montrer la supériorité (quoique nuancée) de la religion chrétienne sur le paganisme. Son oeuvre amorcera la pensée ultramontaine de l'après-révolution et du Premier Empire. Radié de la liste des émigrés, Napoléon le désigne comme premier secrétaire de l'ambassade qu'il envoie auprès du Pape Pie VII (1803). François-René de Chateaubriand ne brillera pas dans cette ambassade agissant trop maladroitement alors qu'un scandale vient ternir son image. Son épouse refuse d'accepter la liaison qu'il entretient avec la comtesse Pauline de Montmorin de Saint-Hérem,qui tient salon littéraire à Paris. Cette dernière meurt d'ailleurs bientôt de phtisie le 4 novembre 1803 dans les bras de son amant. Chateaubriand y consacrera quelques lignes passionnées :

 

"Nous la soutenions dans nos bras, moi, le médecin et la garde ; une de mes mains se trouvait appuyée sur son cœur qui touchait à ses légers ossements ; il palpitait avec rapidité comme une montre qui dévide sa chaîne brisée ; nous inclinâmes sur son oreiller la femme arrivée au repos ; elle pencha la tête, quelques boucles de ses cheveux déroulés tombaient sur son front ses yeux étaient fermés, la nuit éternelle était descendue. (…) Tout était fini"

 

Nommé chargé d'affaires dans la République du Valais en novembre 1803, il démissionne brutalement après l’exécution du duc d'Enghien. Cet "assassinat "l'a révulsé. Exilé à quelques lieues de Paris, il part trouver son inspiration en Orient, Il oscille pourtant entre fascination pour l'Empereur de la République française et haine qu'il ressent pour la mégalomanie de Bonaparte.

 

Élu membre de l'Académie française en 1811, il revient à Paris lors de la première Restauration en 1814. et publie un violent pamphlet anti-bonapartiste " De Buonaparte et des Bourbons" qui reçoit toute la publicité qu'il se doit alors que Napoléon est exilé sur l'île d'Elbe.Il rentre en grâce auprès de Louis XVIII qu'il accompagne à Gand lors du retour de l'Aigle en mars 1815. Il venait juste d'être nommé ambassadeur en Suède.

 

Ministre d'État et pair de France après Waterloo, ayant voté la mort du maréchal Ney, il ne soutient pas l'ordonnance du 5 septembre 1816 qui va dissoudre la Chambre introuvable et se voit contraint de démissionner. Pourtant, il n'en a pas fini avec la politique. La mort tragique du duc de Berry le rapproche de la cour, et il est nommé ministre de France à Berlin, puis ambassadeur à Londres en 1821. Mais son opposition à de Villèle alors qu'il est plénipotentiaire au congrès de Vérone le contraint une nouvelle fois à partir de son poste en mars 1824.

 

En 1819, Céleste Buisson de la Vigne crée " l'Infirmerie Marie-Thérèse" (du nom de la duchesse d’Angoulême). Une institution qui accueillera les veuves de ces nobles guillotinés sous la Révolution française et les prêtres âgés. Située dans le quartier Denfert à Paris, cette institution perdure de nos jours, ultime témoignage social de cette période dite de la Restauration.

 

Défenseur de la liberté de la presse et passionné par la lutte pour l'indépendance de la Grèce, il retrouve un poste d'ambassadeur à Rome (1828) avant de le quitter avec l'avènement du ministère Polignac qui préfigure la chute de la monarchie de Charles X. Il se retire complément de la vie politique et se consacre à ses écritures comme avec la parution "De la Restauration et de la Monarchie élective" ou "Mémoire sur la captivité de la duchesse de Berry" parus respectivement en 1831 et 1833. Des livres qui s'inscrivaient dans l'opposition à Charles X.

 

Incarnation de ce romantisme qui traversera le XIXème siècle (et qui fera dire à Victor Hugo alors enfant "Je veux être Chateaubriand ou rien"), François-René de Chateaubriand meurt le 4 juillet 1848, âgé de 79 ans, laissant derrière lui des œuvres qui reposeront sur ses sentiments personnels et sa solitude.

 

A la République reconnaissante, son portrait figura longtemps sur les anciens billets de 500 Francs français.

 

Frederic de Natal

 

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Le 27-01-2017 à 04:43:17

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