Le retour du corps du Régent Paul de Yougoslavie, une leçon d'histoire !

Au cours des XIXème et XXème siècle en Europe, certains pays ont eu à subir de graves crises politiques et militaires obligeant ainsi les souverains et leurs familles à s’exiler dans des pays prêts à les accueillir. C’est notamment ce qu’il s’est produit en ex-Yougoslavie, pays qui a d’ailleurs existé sous différentes formes entre 1918 et 2003 et qui a regroupé les actuels pays de Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Serbie, Macédoine, ainsi que le Kosovo. C’est ainsi que de nombreux monarques ont dû trouver refuge dans des pays des fois très éloignés pour finalement y finir leurs jours. Mais depuis et à l'initiative de certains de leurs descendants, plusieurs rapatriements ont eu lieu permettant ainsi de ré-inhumer dans leur pays d’origine celles et ceux qui en leur temps, avaient dû fuir.

Prince controversé pour son soutien à l’Allemagne nazie peu avant le début de la Seconde guerre mondiale, la personnalité du prince Paul de Yougoslavie (ou Paul Karađorđević) a divisé durant de nombreuses décennies ses contemporains.

 

Éduqué à Oxford, prince d’une maison régnante, il fit un mariage digne de son rang unissant la branche cadette des Karađorđević à celle de Grèce et de Danemark.Organisé en 1923 à Belgrade, la capitale du royaume, en présence de tout le gotha européen et devant le futur Georges V d’Angleterre, son témoin, Paul de Yougoslavie épouse alors la princesse Olga de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg dont il aura 3 enfants. Lui a 30 ans et elle, à peine 10 ans de moins. .

 

L’assassinat à Marseille par un oustachi du Roi Alexandre Ier alors qu’il est en visite officielle en France (octobre 1934) achève de plonger ce pays, constitué de peuples disparates, dans l’incertitude du lendemain. Si le Monténégro avait accepté de fait une union avec les Serbes (non sans une certaine résistance armée), les croates réclamaient désormais leur indépendance. Et ces anciens sujets des Habsbourg ne se privaient pas de bloquer les institutions du royaume autant qu’ils le pouvaient. Le prince héritier, Pierre, est mineur. C’est à Paul qu’il reviendra la charge d’assurer la régence. Il n’est pas préparé à cette tâche.

 

Amateur d’art, père dévoué, il ne souhaite que le retour à un régime parlementaire alors que la monarchie subit déjà les assauts diplomatiques de la France et de l’Allemagne du chancelier Hitler. La politique Premier ministre Milan Stojadinović fera bientôt entrer le royaume dans les bras de l’Axe Rome-Berlin-Tokyo. La monarchie prend des allures de régime fasciste et tout à ses tableaux, Paul pense avoir sauvé l’unité du pays. Peu de temps après une rencontre du régent avec le chancelier Hitler et la signature d’un accord tripartite, l’armée opère un coup d‘état de sa propre initiative et dans la plus pure tradition serbe (la main des Alliés a été souvent avancée par les historiens pour expliquer ce coup d’état -notamment l'action des services secrets britanniques- bien qu'aucune confirmation ne soit venue, à ce jour, la corroborer ).

 

Le 27 mars 1941, le régent est mis en résidence surveillée et forcé à la démission. Les serbes lui reprochent d’avoir abdiqué toute fierté nationale en signant une collaboration avec les allemands. Le couple princier et leurs enfants sont remis alors aux britanniques qui les déportent d’abord en Grèce puis en Egypte et enfin vers l’Afrique du Sud. Le premier ministre Winston Churchill aurait dit-on, dans un accès de colère, menacé le régent de le passer par les armes, l’accusant de trahison. Rapidement envahie par les Allemands qui installent un gouvernement collaborationniste, Hitler fera bombarder Belgrade en représailles, le 6 avril 1941(17000 morts en une journée).

Pierre II se réfugie à Londres. Il ne reverra pas son pays divisé entre allemands et italiens. La monarchie yougoslave ne résistera pas à la fin de la seconde guerre mondiale et sera abolie par les partisans communistes qui en profiteront pour épurer le pays de tout ce qu’il compte de tchetniks, favorables au jeune roi souverain.

 

Avec la proclamation de la république et déclarés « ennemis du peuple », Paul et Olga s’installent en Suisse puis en France où tous deux y décéderont. Paul le 14 septembre 1976, Olga en octobre 1997 des suites de la maladie d'Alzheimer.

 

Dans le cadre d’un processus de réconciliation nationale (en décembre 2011, le prince a été réhabilité et son statut de « criminel de guerre » annulé par une commission d’enquête officielle), alors que la famille royale de Serbie venait de reprendre possession de ses palais et retrouver un statut officiel après la chute du régime titiste. L’état de l’ancienne Yougoslavie a organisé le 28 septembre 2012, le rapatriement des dépouilles du régent Paul, de la princesse Olga et de leur fils Nicolas, décédé tragiquement en 1954. Le 4 octobre suivant, une cérémonie officielle célébrée dans la cathédrale Saint-Michel de Belgrade a rendu les derniers honneurs au couple princier en présence des membres de la famille royale, du Président Tomislav Nikolic et de son gouvernement avant que leurs corps soient transférés à la nécropole des Karađorđević, à Topola.

 

Un processus de réconciliation entre les serbes et leur histoire qui n’aurait pas été achevé sans le retour et l’hommage national rendu par le gouvernement serbe, le 26 mai 2013, aux corps de son ancien souverain Pierre II (1923-1970) et de son épouse Alexandra de Grèce (1921-1993, à Tatoi), de la princesse Marie de Roumanie (1900-1961, épouse d’Alexandre Ier) et du prince André (1929-1990), jusqu’ici inhumés en Illinois (Etats-Unis). Au-delà de tout clivage politique et dans un souci de rassemblement, la république et la monarchie serbe venaient tour à tour de s’incliner devant l’héritage laissé par leur histoire commune.

 

Celle d’une nation qui avait obtenu son indépendance dans un front commun aux Ottomans en 1804. Un ultime hommage rendu par tout un peuple à ses souverains qui avaient construit à travers leurs différents règnes, son identité nationale.

 

Fréderic de Natal.

 

NB : Spécial remerciements à Clotilde qui m'a été précieuse dans la rédaction de cet article.

 

 

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