Le dernier sacre d’un roi en France

Le dernier sacre d’un roi en France

« L’huile sainte qui coulera sur le front de Charles X sera la même que celle qui depuis Clovis a consacré tous les monarques français ». (Le Moniteur)

Présenté par la monarchie comme une volonté de réconcilier les deux France, c’est le 22 décembre 1824 que la Chambre apprend, lors du discours d’ouverture de la nouvelle session parlementaire, qu’un roi de France va officiellement s’agenouiller devant la sainte ampoule. 36 ans après la révolution française qui avait guillotiné son roi, un souverain capétien allait de nouveau se faire oindre par un membre du clergé du royaume de France, cette « fille aînée de l’église ».

La charte constitutionnelle, adoptée et premier fondement de la monarchie de la Restauration avait inscrit dans le marbre l’origine divine du pouvoir comme la loi de catholicité qui imposait alors au roi d’appartenir exclusivement à cette religion pour accéder au trône. Et si son pouvoir temporel était temporisé par la réalité des institutions démocratiques qui allaient régir pendant 15 ans cette monarchie constitutionnelle, le roi demeurait le représentant inaliénable d’un pouvoir transcendant. Pour Charles X, âgé de 68 ans, le sacre (qui puise ses origines dans les textes de l’Ancien testament) définissait le caractère sacré de la monarchie et son esprit, les contours de sa pierre angulaire. En lui aucune volonté de revanche ou de retour à l’Ancien régime mais bel et bien la consécration de la légitimité de son pouvoir dont l’article 13 de la Charte garantissait l’inviolabilité et le sacré de sa personne.

Son frère Louis XVIII n’avait pas jugé utile de se faire sacrer bien qu’il en eut caressé l’idée et même songé à fixer la date pour le 25 août 1819. La fête de Saint- Louis, tout un symbole pour le Bourbon. Pour l’ancien comte de Provence, il incarnait la légitimité de fait. « Il était roi partout comme Dieu est Dieu partout ». Lorsqu’il était monté sur le trône à la chute du Premier empire en 1814, Louis XVIII avait irrémédiablement restauré tout le mythe royal qui entourait sa personne tout en préservant les français de la division et des peurs d’un retour à l’ancien ordre dont la nouvelle génération de français n’avait appris que les horreurs, distillées par une éducation révolutionnaire qui en avait extrait toute sa magnificence. Charles X entendait continuer à perpétuer cet héritage en le menant à son paroxysme.

On avait puisé dans les anciens textes datant de Louis XVI pour recréer le cérémonial du sacre tout en tentant de lui extirper certains anachronismes. Si la cathédrale de Notre-Dame-de- Reims était tout indiquée pour le sacre, tous les rois de France y avaient été couronnés à l’exception de 7 d’entre eux, diverses questions se posaient encore pour le grand-maître des cérémonies.

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Ajouté le 02/07/2017 par Frédéric de Natal - 0 réaction

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