Le Sacre de Charles X

Le 16 septembre 1824, Louis XVIII meurt dans d’atroces souffrances, atteint d’une goutte et ne se déplaçant plus qu’en béquilles ou dans un fauteuil roulant. Les témoignages de l’époque feront d’ailleurs état d’une chambre où régnait une persistante odeur nauséabonde, d’un corps en putréfaction rappelant à son entourage combien la fin de vie de son ancêtre Louis XIV avait marqué le début du coucher de soleil de l’Ancien régime. La France et la Navarre avaient désormais un nouveau souverain en la personne de son frère et comte d’Artois, Charles X. « Le Roi est mort, Vive le Roi ! ».

 

Prince en l’exil et des émigrés, chef des ultramontains à l’heure où la France se dotait de sa première charte constitutionnelle, Charles X entend redonner tout le royal et le sacré à son pouvoir, à la monarchie française. Il sera sacré à Reims et il importait peu que son frère et prédécesseur n’avait pas voulu souscrire à cette pratique séculaire, de peur de heurter les français encore marqués par 2 décennies de révolution française et d’empire et surtout par souci d’économie. Le blocus impérial avait ruiné le commerce français, la France se devait de se reconstruire sous la bannière du rassemblement d’une monarchie visiblement inspirée par son voisin britannique.

 

Le 28 mai 1825, c’est un carrosse entièrement doré à la feuille d’or , garni de velours de soie, broderies et autres passementeries et cordons en fils d’or qui traverse la ville de Reims. Tiré par un attelage de 8 chevaux blancs, deux de tête conduits par un postillon monté sur le cheval de gauche, les 6 autres tenus en guides par le cocher et en bride par 6 garçons d’attelage à pied, il est conduit au pas. Dessiné en 1814 par l’architecte Percier, cette berline caractérise ce jour-là toute la pompe de la monarchie française.

 

Durant 3 jours, la France va retrouver toute la magnificence de l’Ancien régime. Arrivé à Compiègne la veille avec le prince Charles-Ferdinand d’Artois, Dauphin de France, Charles X donna audience à l’archevêque de Reims, Jean-Baptiste de Latil, avant d’aller assister à sa première cérémonie, celle des vêpres. C’est tout le haut clergé réuni qui vient à la rencontre du roi. Habits pontificaux, tous en chapes et en mitres, ils sont là sur le parvis de la cathédrale gothique de Reims. Derrière le Roi, les princes de sang, les grands princes de la maison de Bourbon comme le duc Louis-Philippe d’Orléans et le duc Louis Henri Joseph de Bourbon qui assistent le souverain. Après les prières, oraisons et remerciements d’usage, la cathédrale retentit de l’ "Ecce ego mitto angelum meum "et de l’habituel "Te Deum".

 

Le 29 mai, la famille royale se présente de nouveau devant la cathédrale, accompagnés des princes de France, grands officiers parés des insignes de la Royauté. Ministres et députés, Pairs de France s’installent déjà dans les tribunes, la foule ovationne la famille royale. Charles X est coiffé d’une simple toque et habillé d’une tunique écarlate. La sainte ampoule a été apportée alors que le roi se met en position de prière sous les chants du Veni, creator, la main sur les évangiles et le reliquaire de la vraie croix. Il prête ensuite serment comme souverain de France, Grand-maître des ordres du Saint-Esprit, de Saint-Louis et de la … Légion d’honneur, portée par ces quelques maréchaux d’Empires ralliés à la monarchie française. Seule concession qu’il a accepté de faire afin de sauvegarder l’unité de la nation.

 

Après avoir béni l’épée de Charlemagne , l’archevêque a ouvert la sainte ampoule, avec une aiguille d’or en a extrait une goutte afin de la mêler au saint chrême pour la déposer sur le Roi à genoux devant lui. Des Litanies qui s’élèvent vers le ciel se mélangent aux prières dites par les archevêques de Besançon et de Bourges. On a revêtu le Roi de la « tunique dalmatique de satin violet semé de fleurs de lys d’or et du manteau royal de velours bordé d’hermine ». Les gants du roi, son anneau, son sceptre, sa main de justice ont été également bénis. L’esprit de Saint-Louis planait alors dans la cathédrale de Reims. Enfin vient le moment de couronner le Roi. L’archevêque de Reims, quelque peu ému, tremble, pose la couronne sur la tête du Roi, légèrement inclinée. Se relevant, Charles X se dirigea vers le trône installé à côté de la nef, dans le fond du chœur. A 3 reprises, l'archevêque salua le souverain Bourbon et accompagné à l'unisson par les différents princes, cria « Vivat Rex in aeternum ! ».

 

A ce moment, les drapeaux de la monarchie et de l’armée déployés pour l’occasion s’inclinèrent et saluèrent le roi de France. Les portes s’ouvrirent, la lumière pénétra de plein fouet la cathédrale et illumina de sa splendeur le Roi Charles X. 500 colombes furent lâchées dans le ciel, affolées par les orgues qui retentissaient de tous leurs sons, les odeurs d’encens qui embaumaient cette basilique royale. Les cloches résonnaient dans toute la ville, les canons furent tirés annonçant à la France qu’un nouveau souverain venait d’être sacré.

 

De ce sacre, l’opinion française en restera divisée. Ses partisans la célèbreront, ses détracteurs le trouveront anachronique, les farouches opposants (comme les bonapartistes) au régime le vilipenderont. Charles X avait, pour rassurer le peuple, prêté serment sur la charte constitutionnelle. La monarchie n’avait d’absolutisme que l’apparat mais en rien l’essence sacrée qu’elle avait connue sous l’ancien régime. Le comte d’Artois ne pouvait aujourd’hui gouverner sans l’appui de la chambre. Ce sacre lui sera d’ailleurs reproché lors des journées d’aout 1830 et la propagande républicaine achèvera de la travestir en odieuse image absolutiste de droit divin. Une caricature toujours maintenue par celle-ci aujourd’hui, lui opposant souveraineté nationale face à la légitimité royale. De ce sacre, on peut encore en écouter les notes de cet opéra commandé pour l’occasion au compositeur Gioachino Rossini et intitulé « Il viaggio a Reims » (le voyage à Reims).

 

Une musique qui nous ramène vers les plus belles heures de la Restauration, ce chapitre de l’histoire de France souvent méconnu et ignoré.

 

Frederic de Natal.

 

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