La Restauration, ce chapitre mal-aimé de l’histoire de France.

Vilipendée par certains historiens au cours du XXème siècle, tour à tour dénigrée ou jugée comme réactionnaire par d’autres, la période de la Restauration qui s’étale entre 1814 et 1830 ne mérite pas cette réputation qui lui a été forgée par ses détracteurs. Je vous emmène, aujourd’hui, dans un voyage à travers le temps, à la découverte de ce pan de l’histoire de France qui mérite, et sans nul doute, de faire l’objet d’une vraie réhabilitation.

A la chute du Premier empire, la France aspire à la paix. Louis XVIII a depuis longtemps compris la nécessité de faire des concessions pour asseoir le retour des Bourbons, sur ce trône qu’ils ont perdu progressivement lors du déclenchement de la révolution française en 1789. La tâche est loin d’être acquise pour le comte de Provence, ce frère de Louis XVI, devenu roi de jure après la mort de son neveu au Temple. Accusé déjà de rentrer dans les « wagons de l’étranger », son second retour, en 1815, est entaché du second traité de Paris qui ampute le royaume de France de la Sarre ou de la Savoie, de ces quelques villes aux frontières de l’Est et du Nord. Il y’a aussi ces frais qu’il doit payer à l’armée d’occupation (qui ne quittera le pays qu’en 1818) et les excès des verdets, ces ultras -royalistes acquis à Charles d’Artois son frère, qui ont déclenché une terreur blanche contre les anciens révolutionnaires , bonapartistes et qui réclament le retour à l’Ancien régime. D'autant que toutes les nations victorieuses ne souhaitaient pas forcément le retour de cette branche Bourbons sur son trône comme la Russie qui s'y opposera longuement.

La Restauration est loin d’être le fait d’un mouvement national lors de sa proclamation mais plutôt l'œuvre d'hommes ambitieux comme les anciens ministres de la Police ou des Affaires étrangères, Fouché et Talleyrand. Et si on excepte le chapitre éphémère des Cent jours qui consacre l’ultime retour au pouvoir de Napoléon Ier, cette page de l’histoire de France va pourtant se caractériser par une période de prospérité économique, d’une forte croissance démographique, un marché intérieur en progression et une production agricole en hausse sur fond de début de révolution industrielle.

D’un point de vue des nouvelles institutions qui se mettent en place, c’est la charte constitutionnelle octroyée aux français qui va être une révolution en soi. Après l’absolutisme de l’Ancien régime et le régime autoritaire de l’empire, Louis XVIII assure à ses sujets les réformes sociales issues de la révolution française. Liberté de pensée, de presse, de religion, libre possession des biens nationaux, loi d’amnistie (le roi déclare « pardonner aux Français égarés »)….etc. La royauté française devient une véritable monarchie parlementaire inspirée du modèle britannique voisin. Le roi , qui reste cependant de droit divin, règne conjointement avec deux assemblées, la chambre des pairs (nommés par le roi) et la chambre des députés (élus par le peuple au suffrage censitaire). Le souverain devient l’arbitre incontournable de la vie politique française et le discours au trône, l’occasion au roi de donner son avis personnel sur la politique engagée par son gouvernement.

C’est un véritable pacte qui est signé entre le Roi et la nation.

Entre 1816 et 1820, c’est le libéralisme qui prévaut au sein du régime jusqu’à l’assassinat du duc de Berry. Durant tout le règne de Louis XVIII, la monarchie va résister aux assauts répétés des ultraroyalistes réunis au sein de la société secrète des Chevaliers de la Foi et qui obtiendront la majorité aux premières heures de la Restauration (c’est la Chambre introuvable d'octobre 1815 à avril 1816). A la disparition de l’héritier au trône, le régime opère un virage à droite afin de faire face aux complots des carbonaris qui se multiplient. Rétablissement de la censure, remaniement de la loi électorale qui réduit le nombre de votants et excluent rentiers, petits propriétaires, commerçants de la vie politique, les divisions vont s’accentuer et trouver leur apogée avec l’avènement de Charles X. Et tout au long de son règne, louis XVIII sera contraint de s’accorder avec ces ultras et leur concéder quelques lois dites réactionnaires, qu’il contrebalancera cependant avec un parti constitutionnel composé de monarchistes modérés, d’anciens bonapartistes ou des doctrinaires de 1789.

Jamais période monarchique ne fut plus passionnée politiquement que celle de la Restauration. L’union entre le peuple et le roi est telle que lorsque celui –ci opère son virage à droite, des émeutes éclatent afin de préserver les acquis de la Charte. Loin d’être révolutionnaires, ce sont des royalistes modérés qui n’hésitèrent pas à marcher vers le Palais Bourbon. La chute du ministère Decazes et son remplacement par le duc de Richelieu provoque l’agacement des ultraroyalistes qui le juge encore trop mou dans sa répression. De nouvelles élections permettent à ces derniers de revenir confortablement au pouvoir (Chambre retrouvée en 1824), avec la nomination comme Président du conseil de Joseph de Villèle alors que se meurt un Louis XVIII, sous l’emprise de sa maîtresse, Zoé Talon, comtesse du Cayla.

La Restauration, c’est aussi une politique étrangère qui est rapidement mise en place et qui se poursuivra jusqu’aux derniers jours de cette période avec la conquête des côtes Barbaresques (Algérie actuelle) compensant ainsi la perte de la colonie de Saint Domingue (1825). La première intervention militaire eut lieu en Espagne. La Sainte Alliance (formée par diverses monarchies européennes entre 1815 et 1825 avec pour but « d’intervenir si la situation intérieure d'un État menaçait la paix de ses voisins » ) demanda à la France son aide militaire afin qu’elle mette fin aux troubles libéraux en Espagne et rétablir l’absolutisme dans ses droits régaliens. Le débat fut houleux au Parlement et le commandement confié au duc d’Angoulême, Louis de Bourbon. Et bien qu’il ne fût pas un grand stratège, auréolé de ces victoires qui avaient permis à Ferdinand VII de retrouver son pouvoir, le duc reçut un accueil triomphal dans toute la France. L’armée s’était elle-même réconciliée avec ce drapeau blanc qu’elle avait eu du mal à accepter. La France reprenait sa place sur l'échiquier international et se voulait influente. Sa diplomatie prit fait et cause pour les indépendantistes grecs (1827) mêlant intérêts économiques et dynastiques. De 1824 à 1826, le duc d'Orléans Louis-Philippe tenta même en vain de faire imposer son fils, le jeune duc de Nemours comme possible roi de Grèce. Mais le gouvernement français, qui avait laissé faire un temps, finit par annoncer qu'elle ne soutenait pas la montée d'un capétien sur ce qui était encore un simple hypothétique trône.

L'armée est loin d'être oubliée par la monarchie. Elle fut réformée drastiquement notamment avec la loi sur le recrutement de l'armée (ou loi Gouvion Saint-Cyr du nom de ce maréchal d'Empire et ministre de la guerre). Le recrutement était désormais volontaire, d'une durée maximale de 6 ans et par tirage au sort à contrario de la conscription obligatoire instaurée sous l'Empire. Changement majeur concernant la noblesse qui, désormais, n'entrait plus directement comme officier dans l'armée. Une fois sortis de celle-ci, les anciens militaires prenaient alors le statut de vétérans et pouvaient être encore appelé sous le drapeau afin d'assurer un service territorial. Cette loi promulguée en mars 1818 se voulait donc égalitaire. A la seule exception, qu'elle ne permettait pas à une majorité d'ouvriers d'y accéder en raison de la taille imposée pour le service, un état de santé irréprochable et excluait de facto toute personne qui avait déjà un membre de sa famille directe à l'armée (début d'une politique de la famille). La garde nationale retrouvera également son plein rôle et certainement la force, la plus à même sur laquelle les préfets pouvaient compter. Cependant la méfiance prévaudra et interdiction de rassemblement leur fut faîte. Dissoute en 1827, elle sera reformée peu avant la chute de la monarchie et son commandement confié au… marquis de La Fayette.

La Restauration vit un véritable jeu parlementaire tel que nous la connaissons aujourd'hui. Un gouvernement et des partis d'opposition, deux chambres qui s'opposent. Le ministère de Villèle doit faire face à une opposition venant directement des pairs de France qui repoussent à diverses reprises des lois et certains ultras disgraciés se retrouvent bientôt dans le camp adverse comme René de Chateaubriand ou le futur ministre de l'intérieur, de la Bourdonnaye. La chambre est finalement dissoute en novembre 1827 et marque le retour des Libéraux au pouvoir. Dans une sorte de cohabitation, le président du Conseil Martignac fait immédiatement abolir la censure. Loin d'être satisfait, Charles X renverra Martignac alors que la chambre est en vacances et le remplace par le prince de Polignac qui composera en 1829 un gouvernement ultraroyaliste.

Avec 32 millions d’habitants, la France est alors sous la Restauration composée de 70% de ruraux et majoritairement jeune. Les conditions des ouvriers restent encore dures et la notion d’individualisme a fait son apparition. Louis XVIII va incontestablement bénéficier des réformes mises en place sous l’Empire et grâce à la stabilité du franc germinal, la monarchie mesure sans augmentation son budget et baisse même les impôts locaux. Elle crée ente 1816 et 1818, la caisse des dépôts et consignation, la caisse d’épargne et encourage les français à y adhérer. Les réseaux routiers et les voies navigables sont remis en état, une politique ferroviaire de grande ampleur est décidée. En se modernisant rapidement, le royaume de France se retrouvait compétitif face au Royaume-Uni. La production agricole augmente, le dimanche redevient férié (aboli sous la révolution française), les écoles privées se développent. Le monde paysan en sera reconnaissant à la Restauration et le traduira longtemps par un vote conservateur aux élections notamment sous les premières années de la IIIème République. Ce qui permettra aux monarchistes de s’assurer une confortable majorité et y entrevoir des prémices de restauration de la monarchie. Le début de l’industrialisation en France permet l’émergence d’une timide classe bourgeoise qui prendra son essor sous la monarchie de Louis-Philippe et contribuera à favoriser son accession au trône. Les écarts sociaux restent cependant très importants et favorisent autant le dénuement que l’accroissement de l’alcoolisme dans les campagnes en dépit d’une nette augmentation des salaires. Saint-Simon et ses disciples soucieux d’améliorer le sort des travailleurs préconiseront d’ailleurs un système de réorganisation économique et sociale, ébauche du futur socialisme à la française.

Sur le plan religieux, Louis XVIII tente de réformer le concordat afin de créer un statut religieux plus favorable que sous Napoléon mais se heurta à la chambre réfractaire à tout modernisme en ce sens. L’autorité et la propagande religieuse prirent tout leur sens sous le règne de Charles X et se mêla de politique concrétisant ainsi l’alliance de l’autel et du trône. Un renouveau chrétien se fit sentir dès le début du règne de Louis XVIII et les Congrégations qui se multiplient permettent l’accroissement de l’influence religieuse dans tout le royaume. Si le sacre de Charles X réinstalle la monarchie dans son caractère divin (1825), rien ne permet aujourd'hui affirmer cependant et bien que nostalgique de l'ancien régime, que le roi ait tenté de restaurer cette forme de monarchie. Ce, en dépit d’une légende tenace qui ternit considérablement l’image de ce souverain dont le sacre avait porté au panthéon de la magnificence, la Restauration.

La Restauration reste également une période riche artistiquement. Dans le domaine littéraire, c’est le romantisme, qu’incarnera un Châteaubriand dans ses mémoires d’outre-tombe. Les jeunes talents puisent leur créativité dans leurs souffrances personnelles. Victor Hugo berce les français avec ses odes et ses ballades, se fait plus politique avec sa pièce Hernani qui annonce un vent de libéralisme dans le pays non sans déchaîner les passions. Le peintre Géricault provoque la stupéfaction avec son œuvre « le radeau de la méduse » dont le réalisme bouleverse ces bonnes dames de la société. Hector Berlioz se fait hardi et chamboule les classiques de la musique avec sa « symphonie fantastique ». Paris devient une capitale attractive et le centre du pouvoir qui rayonne en Europe.

Débuté en 1824, le règne de Charles X est marqué par deux conceptions de monarchie constitutionnelle qui s'opposent. Les libéraux souhaitent que la monarchie devienne plus parlementaire à l'instar de sa consœur britannique alors que Charles X entend que les articles de la Charte soient respectés notamment sur le principe de la nomination et du renvoi des ministres par le souverain. D'un point de vue juridique, la charte ne permet pas une évolution parlementaire tels que les libéraux l'imaginent et qui réclament que chaque gouvernement obtienne la confiance de la chambre des députés. Cette opposition au sein de la monarchie va contraindre Charles X à gouverner par ordonnances. Si les libéraux fustigent la décision, le roi ne transgresse aucune loi puisque la Charte l'y autorise (articles 13, 14, 15, 19 et 57). Les rumeurs les plus saugrenues vont vite circuler dans Paris comme la préparation d'un coup d'état par le roi ou l'intervention de troupes anglaises. D'ailleurs lors des 3 journées qui marquent la fin de la période de Restauration, on crie tout aussi bien « Vive la Charte qu'à bas les Bourbons ». Le rapport de force sera , à cette heure-ci, largement favorable à Charles X tant militairement que dynastiquement. Sur ce dernier point, suivant l'abdication du roi le 2 août, son successeur, le duc d'Angoulême aurait pu révoquer les décisions de son père et rétablir les Bourbons dans leurs pleins droits. Ses atermoiements et sa décision d'abdiquer à son tour en faveur d’Henri d’Artois oblige Charles X à reprendre la main et nommer le duc d'Orléans, Lieutenant-général du royaume en faveur du jeune duc de Bordeaux. La Restauration vit alors ses derniers jours, ses dernières heures, ses derniers moments.

Une question se pose alors. Bénéficiant d’une forte popularité dans les campagnes, période de richesse économique et de confrontations politiques intenses, la monarchie issue de la Restauration aurait-elle pu éviter sa chute ?

Une question pour laquelle je vous répondrais le week-end prochain.

Frederic de Natal.

 

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