Madame Royale, cette orpheline du Temple *

Louis –Auguste de Bourbon est à peine âgé de 16 ans quand il épouse, le mercredi 16 mai 1770, l’archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche, un an de moins que lui. Ils ont la fraîcheur de leurs adolescences et le roi Louis XV a tout lieu de se réjouir de cette alliance matrimoniale qui réconcilie les deux pays quand d’autres y voient l’opportunité de contrer l’influence anglaise. L’héritier au trône de France est timide devant la grâce toute autrichienne de son épouse qui fascine les français de l’époque. Il mettra 10 jours, après son mariage, avant de rejoindre la princesse Habsbourg dans son lit pour … n'y dormir que royalement. Agacée, Marie –Antoinette s’en ouvrira d’ailleurs à sa mère, l’impératrice Marie-Thérèse qui lui commande de patienter. Qu’il ait été atteint d’un phimosis ou peu connaisseur des joies du sexe, Louis XVI mettra tout de même 7 ans avant de consommer son mariage. Entre-temps, il était monté sur le trône de France, en mai 1774.

 

C’est enfin le 4 août 1778, par une malicieuse phrase et devant un roi de France quelque peu interloqué que la reine Marie-Antoinette d’Autriche peut annoncer à son époux qu’elle est enceinte. Il était temps. Les rumeurs affirmaient la reine stérile, les mauvaises langues que le roi de France était incapable d’assurer ses devoirs conjugaux. «Sire, je viens me plaindre auprès de Votre Majesté car un de vos sujets a eu l’audace de me donner des coups de pied dans le ventre. ». Feu la comtesse de Paris, Isabelle d’Orléans-Bragance, dans son livre « Moi, Marie-Antoinette » faisait ainsi parler son aïeule, nous permettant de devenir les témoins privilégiés de la naissance du premier enfant du couple royal et que l’histoire va retenir sous le nom de « Madame Royale ».

 

19 décembre 1778, 11h35, château de Versailles. L’étiquette française impose que la reine de France accouche en public. C’est un supplice pour Marie-Antoinette qui étouffe. On a laissé les fenêtres fermées et avec les portes de la chambre seulement ouvertes, ce sont des centaines de courtisans qui font des « va et vient » dans la pièce où réside la reine.


C’est une fille qui viendra au monde et que l’on prénommera, lors de son baptême le jour même de sa naissance des prénoms de sa grand-mère et marraine, Marie-Thérèse et celui de son parrain, le roi Charles III d’Espagne. Les félicitations sont de circonstance mais si le roi affiche un sourire radieux, il aurait espéré un fils. Friande de commérages, la noblesse française ne peut s’empêcher de s’interroger sur cette naissance et la reine de France souffrira de les entendre. Titrée «Madame Royale » et dotée d’un caractère orgueilleux qui la poursuivra tout au long de sa vie, la petite princesse va grandir à Versailles, dans un appartement situé dans « l’aile des princes ». Pas moins de 20 personnes sont à son chevet, jour comme nuit. Fille de France, son éducation est confiée à Victoire-Armande de Rohan-Soubise, princesse de Guéméné. Une habituée des lieux et dont la famille a fourni 5 générations de gouvernantes auprès de la famille royale.

 

La reine Marie-Antoinette entend bien être proche de sa fille dont la belle chevelure dorée n’est pas sans rappeler celle de sa mère au même âge et qui lui vaudra le surnom de « mousseline la sérieuse ». Après la naissance du dauphin, Louis-Joseph, en 1781, la reine de France congédie la princesse de Guémené et la remplace par sa fidèle amie, la princesse de Polignac. Pourtant Marie-Thérèse ne rendra pas son amour à sa mère et développera très vite de l’antipathie pour celle-ci. A 3 ans, ne déclare-t-elle pas après un accident de cheval qui aurait pu coûter la vie à Marie-Antoinette, que sa mort l’aurait délivrée !? Malgré tout, la reine de France entend éduquer cette fille à la fierté excessive. Pour enfants de jeux, elle aura des enfants de paysans et apprendra le respect. A colin-maillard, la jeune princesse lui préfère de loin le dessin. Un talent qu’elle va vite développer. Déjà on songe à la marier. Des projets avec les héritiers de Suède ou de Naples sont évoqués, la reine ne cache pas sa volonté de l’unir à son cousin, le duc d’Angoulême et fils du comte d’Artois.

 

10 ans d’enfance insouciante balayée bientôt par les affres de la révolution française auquel va s’ajouter la disparition du petit dauphin. Marie-Thérèse est inconsolable. La monarchie commence à vaciller ; elle prépare sa communion qu’elle célèbrera le 7 avril 1790 dans l’église de Saint-Germain l’Auxerrois. Il faut bientôt fuir cette France qu’elle aime tant. La princesse vit ces soubresauts qui agitent le royaume avec autant qu’inquiétudes que d’incompréhensions. Elle est consciente de la mauvaise réputation dont a été affublée sa mère et à qui on prête un amour avec le beau comte de Fersen. La fuite à Varennes et son retour vers Versailles en octobre 1791 est mal vécue par la jeune princesse, terrorisée par ces femmes armées de piques, qui accompagnent la famille royale sur le chemin du retour. Et bien qu’elle garde un certain sang-froid, elle craint de mourir. Les événements vont se précipiter, le château des Tuileries est pris d’assaut en août 1792. La Garde nationale a retourné ses canons contre la dynastie qu’elle était censée protéger, les gardes suisses au service du roi seront massacrés. Au cours du pillage du château, on trouvera la liste des charités de la princesse et 65 livres destinés aux pauvres.

 

C’est le temps de la tour du Temple. On la sépare de son père à qui il ne reste que quelques mois à vivre. On dit que lorsque la guillotine décolla la tête de Louis XVI de son corps, le 21 janvier 1793, la jeune princesse poussa de tels cris stridents, que les gardes furent saisis de frayeur, craignant que Marie-Thérèse n’est succombée à son tour. Devenue Thérèse Capet, elle apprend, contrainte à raccommoder elle-même ses vêtements. Elle s’oppose aux accusateurs publics lors du procès de sa mère alors que ceux-ci affirment que Marie-Antoinette entretient une relation incestueuse avec son fils. Un procès qui menace la convention d’un échec tant celui-ci s’avère être truqué dès le départ. La reine de France redevient une mère populaire, la convention craint une issue du procès trop favorable à Marie-Antoinette et ordonne en septembre 1793 son huis- clos puis le transfert à la prison de la Conciergerie de « l’ennemie déclarée de la nation française ». selon par l’accusateur public Fouquier-Tinville. Marie –Thérèse exige d’être réunie à sa mère, on va bientôt lui enlever son frère cadet, Charles-Louis, devenu pour les royalistes exilés, le roi Louis XVII. La monarchie est sacrée, le roi ne meurt jamais.

 

Après l’exécution de la reine Marie-Antoinette le 21 octobre 1793, Marie-Thérèse reste seule avec sa tante, la princesse Elizabeth et ignorent toutes deux à cet instant la mort de la reine. Les révolutionnaires humilient constamment ces Bourbons qui dorment en prison, on apprend des chansons paillardes au dauphin, Madame royale a 15 ans. Elle n’oublie pas qui elle est et fait la leçon de morale au petit dauphin. Sa force de caractère en impose. Le tribunal de la révolution décide de guillotiner en mai 1794 la citoyenne Elizabeth Capet. Rien pourtant n’incriminait la tante paternelle de Marie-Thérèse qui sera uniquement victime de la guerre interne que se livrent les membres du comité révolutionnaire. Sur l’échafaud, on poussera même le cynisme à lui annoncer, quelques minutes avant que ne tombe le couperet final, la mort de Marie-Antoinette. Fouquier-Tinville lui répond par un glacial mépris lorsqu’elle demande poliment un prêtre. Tronqué et dénudé, son corps sera jeté dans une fosse commune.

 

Le comité révolutionnaire se déchire sur son sort et ne daigne pas l’avertir du décès de sa tante dont elle ignore le tragique destin. C’est la chute de Robespierre (juillet 1794) qui va la sauver d’une mort programmée. Un nouveau régime se met en place et le conventionnel Paul Barras décide d’améliorer ses conditions de vies. Sa cellule est nettoyée, ses draps changés. Paul Barras qui avait été un de ces députés montagnards à voter la mort du roi Louis XVI avait-il été pris de remords devant le sort de cette orpheline ? Princesse de France, Marie-Thérèse avait apprise à ne compter que sur elle-même et pour entretenir sa santé, faisait durant une heure, des allers-retours dans sa chambre. On l’autorisa bientôt à sortir se promener à l’intérieur du donjon et les curieux se précipitèrent, à prix d’or, afin d’apercevoir la fille du roi-martyr. Les révolutionnaires se mêlaient aux royalistes dont le nombre ne cessait de croître dans la capitale depuis la chute de Robespierre. Elle devient même une idole pour ces élégantes qui louent sa grâce et sa beauté. On va même à écrire des poèmes en son honneur. La convention s’occupe de lui donner une nouvelle instruction, ces « divertissements » qui ravissement la princesse à qui on lui attribue la présence de madame de Chanterenne, qu’elle surnomme affectueusement « Reinette ».

 

Le dauphin louis XVII ne tarde pas à mourir de tuberculose le 8 juin 1795, à peine âgé de 8 ans. Marie-Thérèse demeure seule désormais, orpheline de ses parents, de sa famille. On a fini par lui annoncer la mort de sa tante et celle de son frère. La convention entame des négociations avec l’Autriche après celles qui ont échoué avec l’Espagne. En échange de sa libération, les conventionnels obtiennent celles de républicains emprisonnés. Parmi eux, le maître de poste Jean-Baptiste Drouet qui avait reconnu à Varennes le roi Louis XVI.


La princesse est soudainement l’objet de l’attention d’une certaine Stéphanie-Louise de Montcairzin qui vient lui rendre souvent visite. Se prétendant la fille secrète du duc de Bourbon-Conti et de la duchesse de Mazarin, elle vient réconforter son infortunée parente. Les premiers faux-dauphins vont bientôt faire leur apparition. Pour Marie-Thérèse, qui garde un vague souvenir des membres de sa famille, cette princesse est un don du ciel. Elle apprécie ses visites mais la convention se méfie de cette cousine à la généalogie suspecte dont on ne tarde pas à apprendre qu’elle serait la sœur d’un certain baron de Richemont avant de finir par lui interdire toutes visites à Marie-Thérèse, dès août 1795. S’affirmant spoliée de son héritage paternel, Stéphanie-Louise de Montcairzin criait à qui voulait l’entendre, au complot organisé par son « frère », le prince Louis-François- de Bourbon-Conti avec l’aide de son institutrice privée, madame Delorme. Pas plus elle que le baron de Richemont (qui se voulait Louis XVII) n’étaient ni des Bourbons ni de la même famille pour ce qui s’apparentait à une vaste escroquerie organisée.

 

Seule survivante de sa fratrie, Marie-Thérèse occupe son temps à rédiger ses mémoires sur son journal. Elle rêve d’une vie paisible à la campagne, se remémorant la douceur du Trianon.

 

L’Empereur François II d’Autriche n’était vraiment pas enthousiasmé par l’arrivée de cette princesse de France et songeait à la placer dans un couvent de Prague. Puis projette durant les négociations de la marier à son frère, l’archiduc Charles de Habsbourg. La fille de Louis XVI est –elle-même peu heureuse de l’issue de ces négociations dont elle est informée. Elle accuse l’Empereur et sa famille de « conduites indignes ayant mené sa mère vers l’échafaud sans tenter de la sauver » et repousse toute idée de mariage. A Charles qui tente déjà de la courtiser, elle lui répond « qu’elle n’épousera jamais un ennemi de la France ». Sa force de caractère lui a permis de survivre. Elle critique ouvertement son oncle, le comte de Provence devenu le roi de jure Louis XVIII, lorsqu’il publie son manifeste maladroit depuis Vérone. Une insurrection royaliste éclate le 13 vendémiaire (5 octobre 1795). Les royalistes souhaitaient porter en triomphe la princesse. Ce sera un échec et le début de gloire d’une officier d’artillerie encore inconnu, Bonaparte.

 

Cette insurrection retarde la libération de la princesse. Certains monarchistes avancent l’idée de voir une nouvelle monarchie de type anglaise s’instaurer en France avec sa tête Marie-Thérèse de Bourbon. Encore fallut-il abroger la loi salique qui privilégiait les fils aînés de la maison royale. Le Directoire, désormais au pouvoir, s’en émeut et voit des complots royalistes partout.

 

27 frimaire de l’an IV de la république. On est le 18 décembre 1795, les portes de la prison s’ouvrent. Une pluie mêlée d’une fine neige tombe sur Paris. C’est habillée d’un manteau de voyage, le visage entouré d’une capeline, suivie par deux domestiques que la princesse Marie-Thérèse de France quitte la tour du Temple. En passant devant l’église Sainte-Elizabeth qui a vu le carrosse de son père le mener vers l’échafaud, elle se signe. Elle prend la direction de l’Autriche sous le pseudonyme de Sophie Méchain, un long chemin vers la patrie de sa mère. Avant de partir, elle a laissé sur les murs de sa chambre, cette inscription : « Elle ne peut obtenir de savoir des nouvelles de sa mère, pas même d’être réunie à elle quoiqu’elle l’ait demandé mille fois. Vive ma bonne mère que j’aime bien et dont je ne peux savoir des nouvelles. Ô Mon dieu, pardonnez à ceux qui ont fait mourir mes parents. Ô mon père, veillez sur moi du haut du Ciel. Ô mon Dieu, pardonnez à ceux qui ont fait souffrir mes parents. ».

 

En arrivant à Vienne, la princesse retrouve les émigrés français. Elle ne supporte pas plus ces aristocrates qui ont fui le royaume à l’aube de la révolution française et en pense que du mal. Ils se pressent aux portes de la fille du Roi, lui vouent un culte, tentent d’obtenir la moindre parcelle de ses souvenirs. Marie-Thérèse ne souhaite que la fuite, s’estimant de nouveau prisonnière. Le temps passe, elle devient froide, maussade et résiste à cet empereur qu’elle évite. On se résout alors à la marier dans l’espoir qu’elle quitte ses robes de couleurs noires qu’elles portent trop fréquemment.

 

C’est grâce à l’entremise du Tsar Paul Ier que le rêve de Marie-Antoinette va se réaliser. Elle accepte d’épouser Louis-Antoine de Bourbon, son cousin, le duc d’Angoulême. Elle quitte Vienne en juin 1799 pour le château de Mittau, situé aujourd’hui dans l’actuelle Lettonie. C’est là que le 9 juin, elle épouse le fils cadet de Louis XVI à l’ allure malingre et doté d’un physique ingrat. Parmi les membres présents lors de la cérémonie, l’abbé Edgeworth de Firmont qui avait accompagné son père jusqu’à l’échafaud. Mariage de raison, mariage politique. Louis XVIII utilise à foison son image de fille du roi-martyr pour la cause royaliste alors que la France se jette dans les bras de Napoléon Bonaparte. Fille de Louis XVI, Marie-Thérèse ne l’a pas oublié. Elle règne en maîtresse de cours, devient l’héroïne de romans que l’on s’arrache sous le Consulat. Elle devient l’emblème de la restauration, on produit des centaines de milliers de portraits de l’orpheline du Temple et des rumeurs commencent à circuler en 1803. On murmure qu’elle aurait été substituée lors de sa libération avec une amie d’enfance et qu’elle vivrait, cachée à Hildburghausen, en Allemagne. Une femme, surnommée la comtesse des Ténèbres, devient l’objet d’une vénération que Marie-Thérèse aura bien du mal à faire stopper. Pire, cette seconde Marie-Thérèse entretient une correspondance poussée avec la femme du duc d’Enghien, Charlotte de Rohan-Rochefort, avant de bénéficier de la protection du duc Frédéric Ier de Saxe.

 

De cette vaste imposture qui ne prendra pas fin au décès de cette prétendante en 1837, il faudra attendre des analyses génétiques en 2014 pour que le secret soit enfin percé. La comtesse des Ténèbres n’avait aucun rapport ni de près ni de loin avec les Bourbons.

 

Conservatrice, la princesse l’était indéniablement. Face au modéré Louis XVIII, elle est le « seul homme de la famille des Bourbons » d’après l’empereur des Français, Napoléon Ier. Même Lamartine se fendra d’une note à son sujet en écrivant que « la duchesse d’Angoulême était le sentiment dans la cause de la Restauration. ». A la chute du Premier empire en 1814, elle fait son retour en France. Elle est ,avec son mari, à Bordeaux. Ils sont acclamés. La révolution française prend fin, le pays retrouve sa monarchie. Mais lorsque Napoléon débarque en France en 1815, forçant la fuite de Louis XVIII à Gand, elle reçoit l’ordre de défendre Bordeaux. Son courage impressionne, elle harangue seule, en vain, les soldats qui font défection. Elle se réfugie en Vendée et s’efforce de soulever ce département qui a été un soutien indéfectible à sa famille durant la révolution française. Elle incarne tout l’héritage de son ancêtre Henri IV et de son fameux panache blanc. Après le chapitre des 100 jours, Louis XVIII revient sur le trône. C’est la Terreur blanche et avec elle, les excès des ultraroyalistes. Derrière les partisans du comte d’Artois, les bonapartistes y voient la main vengeresse de la duchesse d’Angoulême, traitée de «furie » par ses opposants.

 

Elle retrouve le château des Tuileries avec émotion. Devenue veuf, Louis XVIII prend Zoé Talon, comtesse de Caylas comme maîtresse. La cour de France sans souveraine, Marie-Thérèse aura, avec plus ou moins de succès, la lourde charge de tenir ce rang. Son mariage avec Louis-Antoine de Bourbon n’a pas donné d’enfants. Elle n’est pas responsable, le prince est impuissant. Elle vit cela comme un échec personnel prenant fait et cause qu’il lui appartenait de perpétuer la dynastie. Ce qui n’est pas sans créer quelques conflits dans le couple. Devenue dauphine de France en 1824, à la montée sur le trône de Charles X, le comte d’Artois, Marie-Thérèse tient à surveiller l’éducation du jeune Henri d’Artois, orphelin d’un père qui a succombé au poignard d’un carbonari. Comment ne pouvait-il pas en être autrement !? A travers le duc de Bordeaux, elle voit ses souvenirs d’orpheline du Temple revenir en elle.

 

Visitant la France, la dauphine ne laisse pas les français de marbre. Les erreurs de jugement de Charles X, la pression exercée par les ultraroyalistes vont mener le royaume vers une nouvelle révolution. Les Trois glorieuses (juillet 1830) précipitent le départ de la famille royale hors de Paris. Marie-Thérèse d’Angoulême craint de revivre les sombres événements de la révolution française. Les actes d’abdications de Charles X et de Louis-Antoine se succèdent au château de Rambouillet. C’est une éphémère reine de France, qu’un caprice de l’histoire aura fait régner quelques minutes, qui regarde avec tendresse, le duc de Bordeaux jouer avec sa sœur Louise d’Artois.

De nouveau, la fille de Louis XVI doit prendre le chemin de l’exil.

 

Elle embarque avec toute la famille royale depuis le port de Cherbourg à bord du « Great Britain » (Grande-Bretagne) et du « Charles Caroll » vers le lieu de sa prochaine demeure, qui ne laisse place à aucun doute possible sur la destination choisie. Le château d’Holyrood, ancienne résidence de nombreux rois d’Ecosse, accueillera les exilés. En pénétrant dans le château, Marie-Thérèse contemple sur le mur les boucliers commémorant le mariage de Marie Stuart et du roi François II de France avant de voir sa rêverie se faire interrompre par les atermoiements de la duchesse de Berry. La mère d’Henri d’Artois veut soulever l’Ouest et mettre son fils sur ce trône occupé par le cousin de Charles X, Louis-Philippe d’Orléans. Et ce, en dépit de la légitimité qui considère Louis XIX et Marie-Thérèse encore comme les seuls souverains de France. Charles X, âgé de 76 ans et qui a manqué de force pour renverser la situation, retrouve ce château que le roi Georges III lui avait permis d’occuper lors de la révolution française. Témoin de cet exil, René de Chateaubriand écrira plus tard de la duchesse d’Angoulême : « il n’y a cœur qui ne se brise à son souvenir. Ses souffrances sont montées si haut qu’elles sont devenues une des grandeurs de la France ». Elle va rester à l’écart de ces frivolités qui donnent à Holyrood durant 2 ans cette apparence que la monarchie française est encore au pouvoir. C’est à peine arrivé à Prague que la duchesse d’Angoulême apprend la fin de l’aventure désastreuse de la duchesse de Berry qui n’est pas arrivée à soulever tout l’Ouest et le Sud-Ouest de la France. L’accueil dans les états autrichiens est cette fois plus accueillant. C’est elle qui mène les négociations qui vont permettre à la famille royale de s’installer dans une résidence de Prague. Il est vrai que la maison d’Autriche a refusé de reconnaître l’accession au trône de Louis-Philippe d’Orléans.

 

Marie-Thérèse de Bourbon, devenue en 1836 comtesse de Marnes, va alors se consacrer entièrement à l’éducation d’Henri d’Artois. Louis-Antoine meurt en 1844 laissant à son veuvage Madame Royale. Son dernier acte politique sera d’organiser le mariage de Louis d’Artois avec son cousin le duc Charles III de Parme. L’histoire est un éternel recommencement. Charles III succombera lui aussi à un poignard le 27 mars 1854, laissant une princesse de France régenter le duché de Parme qui ne tardera pas à être victime des chemises rouges de Guiseppe Garibaldi. Une autre révolution qui mettra fin à une autre monarchie, un héritier au trône à son tour orphelin et que le futur comte de Chambord prendra un jour sous sa protection.

 

Résidant désormais au château de Frohsdorf (1844), Marie-Thérèse se drape de nouveau d’habits noirs. Elle régente la petite cour en exil en tant que reine douairière, se lève tôt comme à ses habitudes et remplit avec ferveur ses devoirs religieux. Il y règne une atmosphère austère dans le château. Elle résiste aux pressions des légitimistes qui réclament un mariage russe pour le comte de Chambord, désormais le prétendant au trône de France. C’est la Grande-duchesse Elizabeth Romanov qui est choisie mais les négociations piétinent et Marie-Thérèse oppose son véto à l’organisation d’une première cérémonie selon les rites orthodoxes. Henri V épousera une archiduchesse de Modène. Une Habsbourg dont le père a refusé de reconnaître également Louis-Philippe Ier. Ce roi des Français qui va bientôt subir à son tour les désagréments d‘une révolution en 1848.

 

Elle meurt d’une pneumonie le 19 octobre 1851. Deux jours auparavant, montrant quelques signes de la maladie, elle avait insisté pour assister à la messe anniversaire en hommage à la mort de sa mère. A l’ouverture de son testament (un siècle plus tard conformément à ses dernières volontés), Madame Royale avait réclamé à être enterrée entre son mari et son père (ici Charles X). De ces royalistes qui espéraient des révélations sur la possible survivance de Louis XVII, ils durent déchanter. Elle qui avait toute sa vie refusé de recevoir ce Naundorff, ce charlatan qui osait affirmé être son frère. Sa popularité était telle que lorsque la France de Louis-Napoléon Bonaparte apprit son décès, des centaines de paroisses célébrèrent des messes ou comme à Marseille qui ordonna de sonner le glas.

 

Inhumée dans le monastère franciscain de Kostanjevica, elle attend toujours de pouvoir revenir en France et être enterrée auprès de ses parents, de son frère dans la basilique de Saint-Denis. Avec la mort de sa chère tante, Henri V perdait le dernier lien dépositaire qui le reliait aux années de la révolution et qui marquait la fin d’un chapitre de l’histoire de France.

 

Frédéric de Natal.

 

*In memoriam à Alain Decaux

 

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Les réactions

Avatar Emilie Rivelois

Bonjour,

Certaines infos paraissent intéressenates mais votre article aurait dû étre relu. Il y a un nombre important d'erreurs : Louis-Antoine n'est pas le fils cadet de Louis XVI ! Marie-Antoinette n'a pas été guillotinée le 21 octobre 1793 mais le 16 octobre.
Louis-Charles avait déjà été séparé de sa mère, sa soeur et sa tante au Temple avant le départ de la reine pour la Conciergerie en aout 1793.
Et j'en passe...
dommage...
 

Le 03-04-2018 à 12:36:31

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