Louise d’Artois, Petite-fille de France et duchesse de Parme

La princesse Louise Marie-Thérèse d’Artois naît à Paris, au palais de l’Elysée, le 21 septembre 1819. Depuis 4 ans, la monarchie a été restaurée et le roi Louis XVIII, frère de Louis XVI, a donné au royaume de France, sa première charte constitutionnelle tout en conservant les acquis de la révolution. Prix de la réconciliation nationale.

 

 

Titrée « Petite-fille de France », Louise n’a alors que quelques mois lorsque son père Charles-Ferdinand d’Artois, succombe au poignard de Louvel alors qu’il sortait de l’ancien opéra de Paris. La mort du duc de Berry pose alors la question de la succession au trône. Son épouse, Marie-Caroline de Bourbon-Sicile est enceinte et bien peu pouvait alors parier, ce 13 février 1820, sur le sexe de l’enfant à naître. Le dauphin et duc d’Angoulême, Louis-Antoine de Bourbon est marié à Madame Royale, la fille de l’infortuné Louis XVI et leur mariage demeure désespérément stérile. Louise d’Artois devient le centre d’âpres négociations. Louis XVIII se heurte à son frère et grand-père de la princesse, le comte d’Artois. Le futur Charles X est horrifié des suggestions du roi. Abolir la loi salique et marier la princesse à Ferdinand –Philippe d’Orléans afin de réunir les deux familles et assurer la continuité de la dynastie, Louis XVIII ne saurait sérieusement y songer. Les ultraroyalistes des chevaliers de la Foi se mobilisent. Il s’agit de faire pression sur le roi afin qu’il renonce à ce projet qui n’aura finalement pas de suites.

 

En effet, la naissance d’Henri Dieudonné le 20 septembre suivant mettra fin à ces dissensions familiales. Le bonheur ne durera qu’un temps. C’est en jouant avec son frère que Louise d’Artois apprend qu’une révolution vient de renverser Charles X. C’est l’heure de l’exil, ce 2 août 1830. De Londres à Gorïtz, la jeune princesse doit suivre ce wagon aux allures d’Ancien régime. Du temps de la monarchie, on avait confié son éducation à Marie Joséphine Louise, duchesse de Gontaut (1773-1857) avant que celle-ci ne soit brutalement remerciée par le duc de Blacas, peu de temps après la révolution. D’ailleurs après l’expédition désastreuse de sa mère qui tente de soulever l’Ouest de la France en 1832, c’est la duchesse d’Angoulême qui prendra en charge l’éducation de la princesse et de son frère.

 

C’est un vicomte René de Chateaubriand qui, dans ses « Mémoires d’outre-tombe », nous livre un portrait de cette princesse, à l’aube de ses 13 ans : « Mademoiselle rappelle un peu son père ; ses cheveux sont blonds, ses yeux bleus ont une expression fine : petite pour son âge, elle n’est pas aussi formée que le représentent ses portraits. Toute sa personne est un mélange de l’enfant, de la jeune fille, de la princesse : elle regarde, baisse les yeux, sourit avec une coquetterie naïve mêlée d’art ; on ne sait pas si on doit lui dire des contes de fées, lui faire une déclaration ou lui parler avec respect comme à une reine ».

 

En Autriche, on ressasse ses souvenirs que l’on partage entre sentiments teintés d’amertumes et d’espoirs. Il est question de mariage et bien qu’en exil, la cour des Bourbons doit préparer celle de la jeune princesse. Mais qui choisir parmi tous les prétendants disponibles ?

 

La réponse va finalement venir du duché de Parme et de Plaisance. Possession de la famille Farnèse, elle entre aux mains des Bourbons après le mariage de la nièce du dernier duc de Parme, Elizabeth, avec le roi Philippe V d’Espagne. Il faudra toutefois attendre le traité d’Aix-la-Chapelle qui met fin à la guerre de succession d’Autriche en 1748 pour que les Bourbons rentrent définitivement dans le duché qui va faire l’objet de profondes réformes. Les liens se resserreront même avec la France. Le prince Ferdinand qui monte sur le trône ducal en 1765 est le fils de la princesse Elizabeth de France, fille de Louis XV.

 

Les Bourbons règnent sur l’Europe des deux côtés des Pyrénées, des deux côtés des Alpes.

 

Jusqu’à ce qu’un Napoléon Ier ne décide de redessiner les frontières. Parme devient le royaume d’Eturie qui aura une durée de vie éphémère de 6 ans (1801-1807) et finalement annexé par la France tout aussi rapidement qu’il avait été découpé. La chute du Premier empire en 1814 ne restitue pas pour autant le duché aux Bourbons. Le traité de Fontainebleau a assuré à Marie-Louise de Habsbourg-Lorraine, la mère de l’Aiglon, la pleine jouissance du duché. Tout au plus, a-t-on créé à titre de compensation la minuscule principauté de Lucques pour le prince Charles-Louis II de Bourbon. Ce n’est qu’en 1847, à la mort de Marie-Louise, que les Bourbons pourront faire leur retour à Parme.

 

Louise d’Artois a depuis partagé les affres d’un autre exil. Mariée au prince Charles de Bourbon, le 10 novembre 1845 au château de Frohsdorf, elle découvre un prince extravagant, débauché au menton fuyant et orgueilleux. Il importe peu à la famille royale de France que les deux cousins n’aient guère d’affinités. Pour les parties en présence qui ont négocié ce mariage, chacun y a trouvé son compte. Pour les français, un prince de sang royal, un cousin qui héritera d’un duché ou d’une principauté. Pour les italiens, une jeune femme sensée et calme, au teint agréable et à la taille harmonieuse, qui sera chargée de calmer les ardeurs de son mari et qui, enfin, apportera une dot considérable à une fortune qui a diminué depuis la révolution française. A Parme, le retour des Bourbons ne se fait pas l’enthousiasme. Le lien entre la population et sa dynastie s’est érodé et le règne de l’impératrice Marie-Louise a marqué considérablement les parmesans. D’autant que Charles de Parme, une fois installé sur son trône le 25 août 1849, après l’abdication de son père, s’empresse de faire promulguer des lois répressives et renvoie du duché tout ce qui compte de libéraux. Délaissée par un mari autoritaire, en dépit de la naissance de 4 enfants conçus entre 1848 et 1851, la duchesse Louise commence à prendre du poids. A un tel point, que ses sujets lui attribueront le sobriquet de «La grasse ». Ses relations avec son beau-père s’étaient tendues depuis que celui-ci s’était intéressé d’un peu de trop près à sa bru et avait tenté, ni plus ni moins, de la mettre de force dans son lit. Une fois à Parme, elle avait d’ailleurs interdit à Charles-Louis de pénétrer dans son ancien duché.

 

Dans cet état de 500 000 personnes, le palais n’échappe pas aux cabales dignes des meilleurs temps du Quattrocento. Entourée de légitimistes français et de carlistes espagnols qui y retrouvent à Parme les usages d’une cour royale, Louise d’Artois s’attire les foudres de quelques nobles parmesans. Agacée par la politique dispendieuse de son mari, elle tente de verrouiller les coffres. La vie dissolue du prince contraste avec celle de la princesse, plus austère. Charles III de Parme n’apprécie pas que son épouse se mêle de sa manière de gérer l’état. Les disputes succèdent aux disputes, les complots aux complots. Le duché menace même de tomber dans la guerre civile en 1853 entre légitimistes français qui s’assurent le soutien des campagnes au nom de la princesse, et les libéraux, partisans de son mari qui tiennent les grandes villes du pays. Coup de théâtre, Charles III annonce soudainement qu’il reconnaît Isabelle II comme reine d’Espagne. Lui qui avait pourtant refusé de l’épouser dans sa prime jeunesse, venait tout juste de recevoir le décret qui faisait de lui un infant d’Espagne et tous les avantages financiers qui allaient avec, rentes viagères et pensions de Madrid. Il pouvait donc afficher sa jeune maîtresse en toute impunité, sorte de Lola Montès en court jupon et dont la fraîcheur abusait allègrement du duc quadragénaire au nom de l’enrichissement personnel de sa famille.

 

La rue grondait, les actions du duc mécontentaient les parmesans, excités par les visées expansionnistes du royaume de Piémont-Sardaigne. Le 26 mars 1854, alors qu’il se promenait, ayant refusé de tenir comptes des rapports alarmistes envoyés par Vienne, le capricieux Charles III est victime d’un assassin. Il expire à 31 ans. Louise d’Artois fut soupçonnée par certaines mauvaises langues d’avoir été la main du carbonari, tapissier de son état et partisan de l’unité italienne, qui avait plongé son poignard dans le cœur du Bourbon.

 

Après son père, son mari victime de la folie révolutionnaire. La duchesse de Parme va montrer très rapidement ses talents de dirigeante. A peine, le cœur de son mari a-t-il cessé de battre, qu’elle se précipite au palais et rédige un communiqué qui proclame son fils aîné âgé de 6 ans, Robert Ier, duc de Parme, de Plaisance et des états annexes. Elle limoge le gouvernement de son mari, le remplace par le marquis Guiseppe Pallavicino et décrète l’état de siège. Le duché de Parme ne survit que grâce au soutien autrichien. Son frère, le comte de Chambord Henri d’Artois, s’inquiète de cette situation et lors des visites qu’il effectue à la duchesse de Parme tente de la convaincre de se mettre à l’abri. La régente refuse. Elle fera face aux révolutionnaires et n’abandonnera pas le trône parmesan. C’était sans compter la France de Napoléon III qui signe un traité avec le Piémont-Sardaigne et lui promet une certaine neutralité dans le conflit à venir. Certains membres de la noblesse de Parme essayent de convaincre le prince Charles-Louis de remonter sur le trône mais le beau-père de Louise d’Artois préférera rester en dehors du duché et de son armée réduite à 2000 hommes armés.

 

Elle reçoit le soutien d’Isabelle II d’Espagne qui confère au petit prince les mêmes prérogatives qu’à son père. Une maigre compensation car en fait, le gouvernement libéral espagnol négociait secrètement avec le Risorgimento. Le duché de Parme allait-il être sacrifié sur l’autel des intérêts de l’unification italienne ?

 

En mère protectrice, elle s’ingénue à ne pas montrer ses angoisses à son fils aîné qui va vivre son court règne avec toute l’insouciance et l’espièglerie de son âge. Prenant prétexte de la présence d’une garnison autrichienne dans les états de Parme, la maison de Savoie déclenche les hostilités et pénètre dans le duché avec ses Chemises rouges. En dépit de la neutralité du duché dans le conflit qui oppose la France et l’Autriche (5 juin 1859), Louise d’Artois fut alors contrainte de prendre le chemin de l’exil pour la troisième et dernière fois de son existence. Avec sa famille, elle se réfugie en Suisse au château de Wartegg. Dix mois plus tard, en mars 1860, le Piémont-Sardaigne annonce qu’il annexe le duché et en dépit des protestations de la régente, met fin à l’indépendance de Parme. Louise d’Artois était seule, sans soutiens. L’Espagne tentait de reprendre la main sur le duché mais sans tenir compte des droits de la petite-fille de Charles X et l’Autriche de François-Joseph, pourtant si proche des Bourbons, refusait de lui apporter la moindre aide, n’ayant pas digéré la neutralité de Parme dans le conflit qui l’avait’opposé au Second empire, victorieux à Magenta.

 

Fatiguée, épuisée, victime d’une typhoïde contractée à Venise, Louise d’Artois doit prendre le lit. Le comte de Chambord, Henri d’Artois, se précipite auprès de sa sœur. Il eut à peine le temps de lui prendre la main et lui déclamer son amour fraternel que cette « Petite-fille de France » s’éteignait paisiblement le 1er février 1864, à 44 ans.

Enterrée au côté de son grand-père Charles X à Nova Gorica, elle laissera ses 4 enfants sous la tutelle de son frère, prétendant au trône de France. Les descendants actuels de la famille de Parme (Luxembourg compris) descendent actuellement de Louise d’Artois.

 

Frédéric de Natal.

 

Photos : Armoiries de Charles III de Bourbon-Parme, Louise d'Artois, le Prince Charles III, Louise et ses enfants, le duc Robert Ier de Parme, la Villa Bourbon(lieu de repos éternel de Charles III).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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